ROAD MAP
Augmenter les objectifs de formation ne remplit pas automatiquement les amphithéâtres. Publié au Journal officiel du 20 octobre, l’arrêté du 16 octobre 2026 fixe un seuil minimal de 18 670 professionnels à former en pharmacie pour la période 2026-2030.
Son annexe prévoit une valeur annualisée de 3 734. La programmation couvre aussi la médecine, l’odontologie et la maïeutique, pour un total minimal de 94 095 professionnels à former.
Pour les métiers de la pharmacie, la question dépasse le nombre de places affichées.
L’Ordre a fait de l’attractivité une priorité de sa feuille de route depuis décembre 2022, face aux tensions de recrutement et aux places non pourvues en deuxième année.
La nouvelle programmation donne donc un cap quantitatif à une filière qui doit aussi convaincre les candidats de la choisir.
Une hausse à lire avec le bon point de comparaison
Dans son actualité du 29 octobre, l’Ordre annonce une progression de plus de 15 %. Ce pourcentage compare le nouveau seuil minimal de 18 670 à celui de 2021-2025, fixé à 16 135.
L’ancienne programmation comportait toutefois un objectif central de 17 065. Par rapport à cette cible, la hausse atteint 9,4 %. Et le bilan des admissions apporte un troisième repère : 16 271 étudiants sont effectivement entrés en deuxième année de pharmacie entre 2021 et 2025, soit 794 de moins que l’objectif central, mais 136 de plus que le seuil minimal.
La prochaine période vise donc 2 399 étudiants supplémentaires par rapport aux admissions réalisées, soit une augmentation de 14,7 %, calculée à partir des chiffres publiés par l’Ordre. La distinction compte : relever un seuil et obtenir davantage d’inscriptions sont deux étapes différentes.
Des études qui doivent retrouver leur visibilité
Le diagnostic sur l’attractivité est déjà documenté. Dans leur rapport consacré à l’entrée dans les études de pharmacie, les Académies nationales de médecine et de pharmacie relèvent la persistance de places vacantes en deuxième année depuis la réforme PASS/LAS de 2020.
Elles pointent plusieurs causes, parmi lesquelles la méconnaissance des métiers et la difficulté à comprendre les voies d’accès à la formation.
Leurs recommandations portent notamment sur une meilleure information des collégiens, des lycéens, des familles et des professionnels de l’orientation.
Elles proposent aussi de rendre la pharmacie plus identifiable dans Parcoursup et de rapprocher davantage les études de la pratique professionnelle, grâce aux mises en situation, aux simulations et aux projets. Ce sont des propositions formulées par les académies, à distinguer des mesures effectivement adoptées.
Pour la filière, cela suppose de donner à voir la diversité des carrières accessibles. L’officine, l’hôpital, la biologie médicale ou l’industrie doivent pouvoir devenir des choix éclairés, suffisamment tôt dans le parcours d’orientation.
Une répartition territoriale déjà fixée
L’arrêté décline les objectifs par région et par établissement. L’Île-de-France compte ainsi un seuil minimal de 3 300 sur cinq ans, contre 2 325 en Auvergne-Rhône-Alpes, 1 850 en Occitanie et 1 830 dans le Grand Est.
Dans cette dernière région, la répartition prévoit 655 pour l’université de Lorraine, 475 pour celle de Reims et 700 pour celle de Strasbourg.
Ces chiffres permettent de situer l’effort de formation attendu. Ils ne constituent pas une prévision du nombre de pharmaciens qui exerceront ensuite dans chacune de ces régions.
Pour les recruteurs, la relève prendra du temps
Les objectifs 2026-2030 concernent la formation. Ils ne doivent donc pas être présentés comme l’arrivée garantie de 18 670 nouveaux pharmaciens en exercice avant la fin de la décennie.
Parallèlement, les études évoluent : depuis la rentrée de septembre 2026, la sixième année des filières officine et industrie devient un diplôme d’études spécialisées d’un an. Cette réforme vise notamment à renforcer la préparation à l’exercice et la dimension professionnelle de la formation. Elle concerne une autre étape du cursus que l’augmentation des admissions.
Pour mesurer les effets de la nouvelle programmation, il faudra suivre les admissions réelles, puis les parcours jusqu’au diplôme et les choix d’exercice.
Le premier rendez-vous sera celui des inscriptions : c’est là que les objectifs commenceront, ou non, à se traduire en relève.