- B Corp a considérablement grandi depuis sa création aux États-Unis en 2006. Vingt ans plus tard, le mouvement réunit plus de 11 000 entreprises certifiées dans plus de 100 pays et couvre désormais des secteurs très différents.
- La France compte elle aussi plusieurs centaines d’entreprises certifiées. Le mouvement reste beaucoup plus discret dans le secteur vétérinaire, mais quelques acteurs commencent à s’y intéresser.
- C’est le cas de SOVET, entreprise vétérinaire suisse cofondée par Jean-Philippe Mange, officiellement certifiée B Corp depuis mars 2025.
- Dans l’épisode 137 de Vet’o micro, enregistré en mars 2026, le vétérinaire rural revient sur le chemin qui l’a conduit vers cette certification et, surtout, sur la manière dont elle s’est intégrée à sa réflexion sur le fonctionnement de sa clinique.
Une certification privée qui examine plusieurs dimensions de l’entreprise
Le terme de « label B Corp » est souvent employé. Il est cependant plus exact de parler de certification. B Corp est portée par B Lab, une organisation internationale à but non lucratif créée aux États-Unis. Elle n’est donc ni délivrée par l’État, ni assimilable à une certification publique ou à une norme ISO.
Son principe consiste à examiner l’entreprise au-delà de ses seuls résultats économiques. Gouvernance, conditions de travail, environnement, relations avec les parties prenantes, pratiques commerciales : l’entreprise candidate doit documenter une partie importante de son fonctionnement.
B Corp : à quoi sert concrètement la certification ?
La démarche peut remplir plusieurs fonctions.
À l’intérieur de l’entreprise, elle fournit d’abord un cadre pour examiner des pratiques qui se sont parfois construites progressivement sans avoir été formalisées. Une clinique peut, par exemple, être amenée à préciser sa politique de rémunération, ses règles managériales, ses objectifs environnementaux ou les modalités de participation des salariés aux décisions. Le référentiel oblige également à documenter certaines actions et à en suivre l’évolution.
À l’extérieur, la certification permet à l’entreprise de rendre ces engagements identifiables auprès de ses salariés, candidats, clients ou partenaires.
Elle peut donc devenir un élément de communication et de marque employeur, à condition de ne pas lui faire dire davantage que ce qu’elle atteste réellement.
Un référentiel profondément revu depuis 2025
B Corp a également beaucoup évolué. Pendant plusieurs années, la certification reposait notamment sur le B Impact Assessment. Une entreprise devait obtenir au moins 80 points sur 200, répartis entre plusieurs grandes catégories.
Ce système avait une limite : de bons résultats dans certains domaines pouvaient compenser des performances plus faibles dans d’autres.
B Lab a donc profondément revu son référentiel. Depuis 2025, les entreprises doivent satisfaire des exigences minimales dans sept grands domaines sociaux, environnementaux et de gouvernance. Une bonne performance environnementale ne peut plus simplement compenser des pratiques sociales insuffisantes, par exemple.
Les premières entreprises européennes et nord-américaines ont obtenu leur certification selon ce nouveau système en 2026. Le principe évolue ainsi d’une logique principalement fondée sur un score global vers des exigences plus précises dans chaque domaine examiné.
Un mouvement en croissance, mais dont les effets varient selon les entreprises
La progression de B Corp traduit un intérêt croissant des entreprises pour des outils permettant de mesurer autrement leur fonctionnement.
La recherche académique s'intéresse également à ces entreprises depuis plusieurs années. Les études disponibles ne permettent cependant pas de conclure à un effet automatique de la certification sur les performances économiques, sociales ou environnementales.
Une revue de la littérature scientifique publiée en 2025 montre notamment que les résultats observés diffèrent selon les entreprises, les secteurs et les indicateurs étudiés.
Cela ne signifie pas que la certification est dépourvue d’effets. Plusieurs travaux s'intéressent à son rôle dans la formalisation des pratiques, la gouvernance, la réputation ou encore la manière dont les dirigeants arbitrent certaines décisions.
B Corp peut ainsi être considérée davantage comme un cadre de mesure et de pilotage que comme une garantie de résultat.
Pourquoi le sujet intéresse particulièrement la profession vétérinaire
Cette approche trouve un écho particulier dans un secteur qui réfléchit déjà beaucoup à ses modes d’organisation. Les conditions d’exercice, l’attractivité de certains postes, le recrutement, la fidélisation des équipes et la santé au travail occupent une place croissante dans les discussions professionnelles.
La Fédération vétérinaire européenne signalait encore en 2024 des difficultés de recrutement dans la quasi-totalité des pays étudiés.
En France, les travaux menés par le Conseil national de l’Ordre des vétérinaires sur la santé des vétérinaires mettent également en évidence le poids de la charge de travail et de l’organisation professionnelle.
Chez SOVET, B Corp comme cadre de réflexion
Dans Vet’o micro, Jean-Philippe Mange ne présente d'ailleurs pas B Corp comme une recette à appliquer. Son témoignage raconte plutôt la recherche progressive d’un autre fonctionnement pour son entreprise.
Issu d’une famille d’agriculteurs, devenu vétérinaire rural puis chef d’entreprise, il revient notamment sur un mode d’exercice historiquement marqué par les gardes, les horaires importants et une forte disponibilité.
Son entreprise rassemble aujourd’hui une dizaine de personnes. La certification s’est insérée dans une réflexion plus large sur la manière d’organiser l'activité, d'associer l'équipe aux décisions et d'arbitrer certains choix.
B Corp lui fournit alors une grille permettant de poser des questions très concrètes :
- Comment sont prises les décisions ?
- Comment les équipes sont-elles associées ?
- Quels fournisseurs choisir ?
- Quels déplacements peuvent être évités ?
- Comment articuler performance économique, conditions de travail et impact environnemental ?
Dans ce cas précis, l’intérêt de la certification semble donc moins résider dans le logo que dans la méthode qu’elle impose.
B Corp peut-elle avoir un effet sur l’emploi ?
C’est probablement l’un des aspects les plus intéressants pour les entreprises vétérinaires.
Le nouveau référentiel comprend un domaine consacré au « Fair Work », le travail équitable. Il conduit notamment les entreprises à examiner leurs conditions d’emploi, leurs pratiques salariales, leur organisation et la place donnée aux salariés.
Dans une clinique, la démarche peut pousser à formaliser des pratiques parfois restées informelles : politique de rémunération, règles managériales, organisation du temps de travail, consultation des équipes ou suivi des conditions de travail.
La certification peut également rendre ces pratiques plus visibles auprès de candidats.
Dans une profession où le choix d’un employeur ne repose plus uniquement sur la rémunération ou la localisation, cela peut constituer un élément supplémentaire dans la présentation d’une entreprise.
Une nouvelle grille de lecture pour les entreprises vétérinaires
B Corp reste encore marginale dans le paysage vétérinaire. Il est donc trop tôt pour mesurer précisément son influence sur le secteur.
Mais son arrivée est intéressante à observer. Elle témoigne d’une évolution plus large : les entreprises vétérinaires ne sont plus seulement interrogées sur leur activité médicale et leurs résultats économiques. Leur organisation, leur politique sociale, leur gouvernance et leur impact environnemental prennent également une place croissante.
Certaines cliniques travaillent déjà sur ces sujets sans certification. D’autres peuvent chercher, avec B Corp, un cadre extérieur pour les organiser et les mesurer.
C’est précisément ce que montre le parcours de Jean-Philippe Mange : moins l’histoire d’un modèle à reproduire que celle d’un vétérinaire qui a choisi un référentiel pour questionner et faire évoluer son entreprise.
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