- Un préparateur entend un patient expliquer qu’il souhaite arrêter son traitement. Une adjointe découvre qu’un intervenant extérieur promet des résultats spectaculaires avec une méthode non éprouvée. Une nouvelle recrue s’interroge sur les conseils donnés au comptoir, mais hésite à contredire un collègue expérimenté. Ces exemples illustrent une même question professionnelle : comment faire remonter un doute dans l’équipe ?
- Le guide « Santé et dérives sectaires » comporte une fiche consacrée aux pharmaciens. Le Dérivomètre, destiné au grand public, aide à reconnaître des comportements préoccupants chez un praticien. À partir de ces ressources, plusieurs pistes d’organisation peuvent être proposées aux officines. Elles constituent des suggestions de management, et non de nouvelles obligations instaurées par ces documents.
Donner des repères communs, dès l’intégration
L’arrivée d’un préparateur, d’un pharmacien adjoint ou d’un alternant peut être l’occasion de présenter les ressources disponibles et la personne à solliciter lorsqu’une situation pose question. Un salarié ne devrait pas avoir à découvrir seul comment l’officine réagit face à un patient qui envisage de renoncer à ses soins.
Le Dérivomètre fournit des exemples concrets : dénigrement de la médecine, modification d’un traitement sans avis médical, promesse de guérison miraculeuse ou éloignement du médecin et des proches. Il rappelle également qu’une certification privée ne garantit ni la compétence du praticien ni l’efficacité de sa méthode.
Organiser le relais au comptoir
La vigilance ne repose pas uniquement sur celui qui entend la première phrase inquiétante. Une organisation possible consiste à prévoir un relais clairement identifié vers le pharmacien présent, puis un échange dans un espace adapté si la situation le nécessite.
L’équipe peut s’accorder sur des questions factuelles : quel conseil le patient a-t-il reçu ? Envisage-t-il de modifier son traitement ? Son médecin en a-t-il été informé ? Il s’agit de comprendre ce qui se passe, sans transformer le comptoir en lieu d’interrogatoire.
Pouvoir questionner les pratiques de ses collègues
La prévention concerne aussi ce qui se passe à l’intérieur de l’officine. La fiche métier de la Miviludes aborde les soupçons visant un confrère ou un autre professionnel de santé.
Sur le plan managérial, cela suppose de laisser une place aux questions sur les conseils délivrés. Une nouvelle recrue peut-elle demander sur quelles données repose une recommandation ? Un préparateur peut-il exprimer un désaccord sans que celui-ci soit immédiatement interprété comme une contestation personnelle ?
Le titulaire peut faciliter ces échanges en demandant de partir de faits précis : propos tenus, produit conseillé, bénéfice annoncé, éventuelle incitation à abandonner un soin. L’ancienneté ou la position hiérarchique de la personne concernée ne devraient pas empêcher l’examen de la pratique.
Examiner aussi les formations et les discours commerciaux
Les mêmes questions peuvent nourrir le choix des formations et l’examen des présentations de fournisseurs. Qui intervient ? Quelles preuves étayent les bénéfices annoncés ? La méthode est-elle présentée comme pouvant remplacer un traitement ? Les limites et les risques sont-ils expliqués ?
Une piste consiste à discuter collectivement d’une nouvelle recommandation avant sa diffusion au comptoir. Le fait qu’un produit soit proposé dans une pharmacie peut être perçu par le patient comme une caution : l’équipe a donc intérêt à clarifier ce qu’elle peut en dire.
Un sujet à aborder aussi lors d’un recrutement
Un candidat peut interroger l’officine sur ses habitudes de travail : comment sont discutées les nouvelles pratiques ? Qui accompagne les salariés face à une demande inhabituelle ? Comment un désaccord sur un conseil est-il traité ?
Ces questions permettent d’aborder concrètement la qualité du conseil et la place laissée au dialogue professionnel. Du côté du recruteur, présenter les ressources et les possibilités de relais aide à expliquer le fonctionnement attendu.
Le Cespharm propose déjà le guide, le Dérivomètre et des affiches. Il annonce également une fiche d’aide au repérage chez les patients, encore en préparation avec l’Ordre national des pharmaciens et la Miviludes. Sans attendre ce document complémentaire, les supports disponibles peuvent alimenter l’accueil des recrues et les échanges d’équipe.
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