• Une consultation, une ordonnance, un rendez-vous qui s’enchaîne avec le suivant. Derrière chaque prise en charge, plusieurs personnes interviennent, avec des qualifications et des responsabilités différentes. Imaginer leur absence simultanée permet de regarder autrement ce travail collectif, dont une grande partie est réalisée par des femmes.
  • C’est le principe de la journée proposée par World With Women. Inspirée de la mobilisation islandaise de 1975, l’association invite les femmes qui le peuvent à interrompre leurs activités le 13 octobre, au travail comme à la maison. L’appel entend rendre visible leur contribution et soutenir des mesures d’égalité. Il ne constitue pas, à lui seul, un constat d’arrêt des activités dans les établissements de santé.
  • Dans ces secteurs, les chiffres permettent toutefois de mesurer ce que cette hypothèse recouvre. Ils montrent aussi pourquoi il faut regarder l’ensemble des métiers, au-delà des seuls praticiens.

En pharmacie, une présence féminine à plusieurs niveaux

Le panorama de l’Ordre national des pharmaciens arrêté au 1er janvier 2026 recensait 67,6 % de femmes parmi les pharmaciens inscrits, tous secteurs confondus. La proportion variait selon l’exercice : 56,1 % dans la section A, celle des titulaires d’officine, et 78,2 % dans la section D, qui rassemble les adjoints d’officine et d’autres exercices.

Ces données décrivent une profession où les femmes occupent aussi bien des fonctions de direction que des postes salariés. Elles invitent cependant à distinguer les parcours : être majoritaires dans une profession ne signifie pas être présentes dans les mêmes proportions à chaque étape de la carrière.

L’observation des seuls pharmaciens laisse par ailleurs de côté une partie de l’équipe. Dans sa fiche consacrée à la pharmacie d’officine, l’Observatoire prospectif des métiers et des qualifications dans les professions libérales (OMPL) indique que 85,1 % des salariés de la branche sont des femmes.

Au cabinet dentaire, regarder aussi du côté de l’assistance

Dans le dentaire, la place des femmes apparaît avec une netteté particulière lorsqu’on examine les métiers de l’assistance. Une étude de l’OMPL publiée en 2025, consacrée aux assistants dentaires en endodontie et en pédodontie, rappelle que 98 % des postes d’assistants dentaires étaient occupés par des femmes en 2021, selon l’analyse des DSN. Ce chiffre porte sur les postes d’assistants dentaires, et non sur les chirurgiens-dentistes.

Le rapport décrit un travail qui associe préparation, assistance technique, accompagnement du patient et suivi administratif. En odontologie pédiatrique, il souligne notamment la relation avec l’enfant et ses parents ainsi que la coordination avec les correspondants. Autant d’activités qui participent au déroulement du soin.

L’absence imaginée d’une assistante pose alors des questions très précises :

  • Qui prépare la séance de soins à venir ?
  • Qui prend en charge les tâches qui permettent au praticien de poursuivre son activité ?
  • Quel temps faut-il réaffecter, et quels rendez-vous deviennent plus difficiles à maintenir ?

Chez les vétérinaires, une majorité déjà installée

Les données vétérinaires les plus récentes apportent un autre éclairage. Selon la brochure de l’Ordre national des vétérinaires publiée en 2026, les femmes représentaient 62,5 % des vétérinaires au 31 décembre 2025. Leur part atteignait 76,9 % parmi les moins de 40 ans et 77,1 % parmi les vétérinaires salariés.

Là encore, les praticiennes ne constituent qu’une partie des équipes. L’OMPL indique une proportion de 88,9 % de femmes parmi les salariés de la branche des cabinets et cliniques vétérinaires, dans sa présentation des données allant jusqu’en 2022. Ce taux concerne l’ensemble du salariat de la branche, pas uniquement les auxiliaires spécialisés vétérinaires.

Ce que les statistiques montrent et ce qu’elles ne mesurent pas

Ces données établissent la forte présence des femmes dans les professions et les emplois concernés. Elles ne permettent pas de calculer un pourcentage de soins qui seraient annulés si toutes s’arrêtaient. Les effectifs, les horaires, les qualifications et les possibilités de remplacement varient d’un lieu d’exercice à l’autre.

Elles ne démontrent pas non plus que toutes les tâches peu visibles reviennent aux femmes. Pour le savoir, il faut observer le travail : qui anticipe les commandes, transmet les informations, accompagne les nouvelles recrues ou réorganise une journée lorsqu’un imprévu survient ?

Passer de la présence dans l’équipe à la reconnaissance du travail

La journée du 13 octobre fournit ainsi une occasion d’examiner ce qui est réellement reconnu dans une officine, un cabinet ou une clinique vétérinaire :

  • Les missions exercées correspondent-elles à celles décrites dans les fiches de poste ?
  • Les responsabilités de coordination sont-elles identifiées ?
  • Le temps consacré à former une collègue ou à gérer une situation difficile est-il pris en compte ?

L’examen peut ensuite porter sur les carrières :

  • Qui accède aux formations, aux responsabilités, à l’association ou à la reprise d’une activité ?
  • Quels critères président aux augmentations ?

Une majorité féminine dans les effectifs ne répond pas, à elle seule, à ces questions.

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