- Les femmes qui travaillent dans la santé connaissent les symptômes de la ménopause, accompagnent parfois leurs patientes et participent à leur prise en charge. Mais lorsqu'elles sont elles-mêmes concernées, leur expérience professionnelle ne leur garantit ni un parcours de soins adapté ni des conditions de travail compatibles avec les difficultés qu'elles peuvent rencontrer.
- Infirmières, aides-soignantes, médecins, sages-femmes, manipulatrices en électroradiologie, professionnelles du médico-social ou encore vétérinaires : les réalités de travail diffèrent, mais beaucoup exercent des métiers dans lesquels il est difficile de s'arrêter, de modifier ses horaires ou même de prendre une pause au moment où le corps en aurait besoin.
- Avec les premières Assises de la ménopause, le gouvernement veut faire de cette transition physiologique un véritable sujet de santé publique et de santé au travail. Une ambition qui concerne directement les établissements de soins, les cabinets libéraux et leurs équipes.
- Encore faut-il que les engagements nationaux puissent se traduire dans l'organisation quotidienne de ces métiers.
Des professionnelles de santé qui ne sont pas mieux protégées
Selon les données présentées par le ministère de la Santé à l'occasion des Assises, 17,2 millions de femmes sont concernées par la ménopause en France. Parmi les femmes interrogées, 61 % déclarent n'avoir jamais reçu d'information sur le sujet de la part d'un professionnel de santé.
Les premiers résultats du projet de recherche CLIMATERE, présentés lors de l'événement, indiquent également que 49 % des répondantes rapportent une altération importante de leur qualité de vie. Ces résultats concernent les femmes étudiées, et non spécifiquement les professionnelles du soin.
Pour ces dernières, le décalage peut être particulièrement sensible. Être familiarisée avec les questions médicales ne signifie pas nécessairement identifier immédiatement ses propres symptômes, disposer du temps nécessaire pour consulter ou trouver un interlocuteur adapté.
Les troubles du sommeil, les bouffées de chaleur, la fatigue, les douleurs articulaires ou les difficultés de concentration peuvent avoir des répercussions très différentes selon le poste occupé. Une soignante qui effectue des gardes de douze heures, une professionnelle libérale dont l'agenda est complet et une salariée exerçant des fonctions administratives ne disposent pas des mêmes possibilités d'adaptation.
Des métiers très féminisés, des enjeux encore peu documentés
La question est loin d'être marginale pour les employeurs du secteur sanitaire et médico-social.
Selon une étude de la DREES publiée en juin 2024, les femmes représentaient, en 2021, 90 % des aides-soignants, 87 % des infirmiers salariés et 82 % des infirmiers libéraux. Des professions dont les effectifs vieillissent également, ce qui place une partie de leurs membres dans les tranches d'âge concernées par la périménopause et la ménopause.
Pourtant, les données permettant de mesurer précisément les conséquences de la ménopause sur le travail des soignantes françaises restent limitées. Il serait donc prématuré d'attribuer à ce seul facteur des arrêts de travail, des reconversions ou des départs anticipés.
Le sujet mérite néanmoins d'être étudié dans un secteur déjà confronté à des difficultés de recrutement, à l'usure professionnelle et aux enjeux de maintien en emploi des personnels expérimentés.
Quand les conditions de travail accentuent les symptômes
Dans son guide consacré à l'évaluation différenciée des risques professionnels entre les femmes et les hommes, l'Agence nationale pour l'amélioration des conditions de travail (Anact) identifie plusieurs facteurs susceptibles d'aggraver les symptômes de la ménopause.
Le travail de nuit, les horaires imprévisibles, les ambiances thermiques élevées, les postures prolongées et les difficultés d'accès aux sanitaires figurent parmi les situations à examiner.
Ces contraintes sont particulièrement présentes dans les métiers du soin. Une infirmière peut difficilement interrompre un acte technique. Une aide-soignante ne choisit pas toujours le moment auquel elle peut s'absenter. Une professionnelle libérale doit composer avec les attentes de ses patients, les déplacements et les contraintes économiques de son activité.
Télétravail, horaires aménagés : des solutions difficiles à transposer aux soins
Lors des Assises, Jean-Pierre Farandou, ministre du Travail et des Solidarités, a évoqué la possibilité d'adapter les horaires ou de recourir ponctuellement au télétravail.
Ces pistes peuvent répondre aux besoins de certaines salariées, mais leur application est beaucoup moins évidente dans les professions nécessitant une présence physique auprès des patients.
À l'hôpital, en clinique ou en Ehpad, l'adaptation d'un poste suppose de préserver la continuité des soins et de tenir compte des contraintes de l'ensemble de l'équipe.
Le télétravail ne répond pas aux besoins d'une aide-soignante affectée aux toilettes du matin ou d'une infirmière réalisant des soins au domicile des patients. Il ne constitue pas davantage une solution générale pour les professionnelles qui exercent en cabinet.
D'autres adaptations peuvent néanmoins être envisagées : anticiper davantage les plannings, faciliter l'accès à l'eau et aux sanitaires, améliorer les conditions thermiques ou revoir temporairement certaines contraintes horaires lorsque l'organisation le permet.
L'enjeu est d'éviter qu'un aménagement individuel ne se traduise automatiquement par une surcharge pour les collègues. Cela suppose une réflexion collective sur l'organisation du travail, et non de simples arrangements informels entre professionnelles.
Des aménagements possibles sans attendre de nouvelle réglementation
La reconnaissance de la ménopause comme un enjeu de santé au travail ne crée pas, à elle seule, un droit automatique à des congés spécifiques ou à une réduction du temps de travail.
En revanche, les outils existants peuvent déjà être mobilisés :
- Dans le secteur privé, l'article R. 4624-34 du Code du travail permet à une salariée de demander une visite auprès du médecin du travail, notamment lorsqu'elle anticipe des difficultés de maintien dans son emploi. Cette démarche ne peut justifier une sanction.
- Le médecin du travail peut apprécier les contraintes du poste et rechercher des adaptations compatibles avec la situation de santé. Les informations médicales confiées au cours de la consultation sont protégées par le secret médical : la salariée n'a pas à communiquer son diagnostic à sa hiérarchie.
- Dans les établissements publics, les dispositifs de santé au travail et les modalités de suivi des agents doivent également être mobilisés selon les règles applicables.
Certaines initiatives existent déjà. En 2025, le Fonds en faveur de l'égalité professionnelle dans la fonction publique a notamment soutenu des projets de sensibilisation à la santé des femmes, incluant la ménopause. Six projets déposés dans la fonction publique hospitalière portaient sur cette nouvelle thématique, sans que tous aient nécessairement été retenus.
Les Assises ouvrent aussi de nouvelles perspectives pour les soignantes
Les engagements annoncés le 15 octobre ne concernent pas uniquement les femmes en tant que salariées. Ils pourraient également modifier la pratique des professionnelles qui les accompagnent.
Stéphanie Rist a notamment annoncé la diffusion de nouvelles recommandations de la Haute Autorité de santé, attendues en 2027, ainsi que l'intégration de la ménopause parmi les priorités de formation continue des professionnels de santé.
Les négociations conventionnelles entre l'Assurance maladie et les sages-femmes doivent par ailleurs examiner la création d'une consultation longue consacrée à la ménopause, afin de permettre un bilan de santé plus global.
La ministre a également saisi la HAS pour étudier les conditions dans lesquelles les sages-femmes pourraient être autorisées à prescrire des traitements hormonaux de la ménopause. Cette extension de compétence reste à l'étude : elle n'est pas acquise à ce stade.
Les médecins généralistes, gynécologues, infirmiers et pharmaciens sont aussi concernés par le renforcement de la prévention, de l'information et de l'orientation des patientes.
Prendre soin des soignantes, sans attendre 2027
Les Assises ont enfin ouvert un chantier économique. Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan doit évaluer le coût social et professionnel du manque d'information et de prise en charge de la ménopause, ainsi que les bénéfices d'un meilleur accompagnement. Ses conclusions sont attendues pour octobre 2027.
Cette étude pourrait notamment permettre de mieux apprécier les conséquences sur les parcours professionnels, l'absentéisme et le maintien dans l'emploi. Elle ne constitue toutefois pas, à ce stade, un programme d'aménagement spécifique aux métiers du soin.
Pour les établissements sanitaires et médico-sociaux, le défi est déjà identifiable : intégrer les besoins de santé des femmes dans les politiques de prévention, sans réduire leur carrière à une question hormonale ni faire peser sur elles seules la responsabilité de trouver des solutions.
L'expérience, les compétences et l'engagement professionnel ne disparaissent pas à la ménopause. Les conditions permettant de les exercer peuvent, en revanche, nécessiter des ajustements.
Les Assises ont reconnu l'importance du sujet. Il reste désormais à déterminer comment cette reconnaissance se traduira pour celles qui assurent les soins au quotidien.
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