Une profession vétérinaire largement féminisée

La profession vétérinaire connaît depuis plusieurs années une féminisation marquée. Selon les données issues de l’atlas de démographie de l’Ordre des vétérinaires, 11.540 femmes vétérinaires étaient recensées en France en 2022. Cette réalité démographique rend les enjeux de santé gynécologique et hormonale d’autant plus structurants pour l’organisation du travail, les conditions d’exercice et la prévention des risques professionnels.

Le syndrome prémenstruel : un impact documenté sur la vie quotidienne

Le SPM ne se limite pas à une gêne passagère. Une vaste étude internationale menée auprès de 42 879 femmes montre que les symptômes menstruels ont un impact significatif sur la vie quotidienne, y compris sur la capacité à travailler, à se concentrer et à gérer le stress (Schoep et al., American Journal of Obstetrics & Gynecology, 2019).

Douleurs pelviennes, migraines, troubles du sommeil ou irritabilité peuvent altérer la qualité du travail, en particulier dans des métiers exigeants physiquement et émotionnellement, comme la médecine vétérinaire.

Des mécanismes biologiques encore mal compris, mais réels

Sur le plan scientifique, plusieurs travaux soulignent le rôle de la sensibilité hormonale individuelle. Une revue publiée dans Frontiers in Medicine met en évidence l’implication des fluctuations des stéroïdes sexuels et du système GABA dans les troubles de l’humeur liés au cycle menstruel, notamment lors de périodes de stress accru (Schweizer-Schubert et al., 2019).

Ces mécanismes peuvent expliquer pourquoi certaines professionnelles ressentent une baisse notable de leurs capacités cognitives ou émotionnelles à certains moments du cycle, sans que cela relève d’un manque de compétence ou d’engagement.

Des symptômes présents à tous les âges de la vie professionnelle

Contrairement à certaines idées reçues, le SPM ne concerne pas uniquement les jeunes femmes. Une étude internationale basée sur les données d’une application mobile, publiée en 2022 (Archives of Women’s Mental Health), montre que les symptômes prémenstruels persistent tout au long de la vie reproductive, avec des variations d’intensité selon les périodes (Hantsoo et al.).

Dans la profession vétérinaire, où les carrières s’inscrivent souvent dans la durée et où la pénurie de praticiens accroît la pression, cette dimension temporelle est loin d’être anecdotique.

SPM, travail et tabou persistant

Malgré ces constats, le sujet reste largement absent des discussions en entreprise. Une enquête menée par l’IFOP pour la marque Eve and Co en 2022 révèle que si de nombreuses salariées se disent favorables à une meilleure prise en compte des règles au travail, elles expriment aussi des craintes : stigmatisation, incompréhension managériale ou frein à l’évolution professionnelle.

Dans les structures vétérinaires, souvent de petite taille, la proximité entre collègues peut à la fois faciliter le dialogue… ou renforcer l’autocensure.

Quelle place pour le sujet au sein de la profession ?

Parler du syndrome prémenstruel au travail ne signifie pas médicaliser l’organisation ni instaurer des régimes d’exception. Il s’agit plutôt d’intégrer cette réalité dans une approche globale de la santé au travail : flexibilité ponctuelle des plannings, adaptation temporaire des tâches physiques, reconnaissance de la fatigue, ou tout simplement droit à la parole.

Sources

Donnée issue de l’atlas de démographie de l’ordre des vétérinaires : en 2022, 11 540 femmes vétérinaire sont recensées.

Schoep ME, Nieboer TE, Van der Zanden M, Braat DDM, Nap AW. The impact of menstrual symptoms on everyday life : a survey among 42,879 women. Am J Obstet Gynecol, 2019.

Schweizer-Schubert S, Gordon JL, Eisenlohr-Moul TA et al. Steroid hormone sensitivity in reproductive mood disorders : on the rôle of the GABAA receptor complex and stress during hormonal transitions. Front Med (Lausanne), 2019.

Hantsoo, L., et al. Premenstrual symptoms across the lifespan in an international sample : data from a mobile application. Archives of Women’s Mental Health, 2022.

Enquête réalisée par l’IFOP pour EVE AND CO du 12 au 15 septembre 2022 par enquête auto-administrée auprès de 993 femmes salariées.