- Apprendre un métier suppose de pouvoir se rendre au travail, suivre ses cours et disposer de conditions de vie compatibles avec ces deux activités. À l’officine, un apprenti peut vouloir réussir sa formation tout en peinant à payer ses déplacements ou à trouver un logement proche de son lieu de travail. Ces difficultés peuvent rester discrètes jusqu’au jour où elles perturbent sa présence, sa disponibilité ou sa relation avec l’équipe.
- Le risque, côté employeur, serait de lire chaque retard ou chaque baisse d’implication comme une preuve de désintérêt. Avant de conclure que la personne n’est pas faite pour le métier, un échange peut permettre de comprendre ce qui se passe réellement.
- C’est sur ce terrain qu’intervient « ICI ma solution ». L’outil rassemble des ressources pour identifier les interlocuteurs à solliciter face à une difficulté du quotidien. Sa conception repose sur des ateliers réunissant 205 centres de formation d’apprentis (CFA), avec la participation des Missions locales.
Les officines sont bien concernées
La pharmacie d’officine figure parmi les branches professionnelles rattachées à Opco EP, sous l’identifiant de convention collective IDCC 1996. Les entreprises de ce secteur font donc bien partie du public auquel s’adresse l’opérateur de compétences.
« ICI ma solution » peut ainsi être utilisé par un apprenti préparateur, par son CFA ou par l’officine qui l’accueille. Sa présentation ne le réserve pas à un métier particulier. Il s’agit d’une ressource commune à plusieurs secteurs, dont les équipes officinales peuvent se saisir lorsqu’un apprenti rencontre une difficulté personnelle ou matérielle.
Du logement aux violences, plusieurs portes d’entrée
L’outil couvre six domaines : les difficultés financières, le logement, la mobilité, la garde d’enfants, les addictions ainsi que les violences, le harcèlement et la maltraitance. Il permet de rechercher des réponses en fonction du problème rencontré et d’être orienté vers les organismes compétents. Une version est prévue pour les entreprises et une autre pour les CFA.
À l’officine, l’intérêt est de disposer d’un point de départ. Le titulaire qui découvre qu’un apprenti risque de perdre son logement n’a pas nécessairement connaissance des services à contacter. De même, le maître d’apprentissage peut constater qu’une difficulté de transport se répète sans savoir quelles possibilités examiner avec la personne.
Ouvrir la discussion sans tirer de conclusions hâtives
Opco EP cite plusieurs situations susceptibles d’attirer l’attention de l’employeur : absences répétées, retards fréquents, difficultés de transport, isolement ou changement inhabituel dans l’implication. Ces observations peuvent justifier un échange, mais elles ne suffisent pas à identifier la cause du problème.
Une première discussion peut partir de faits précis, dans un moment calme et à l’écart des patients comme des collègues. Revenir sur des retards constatés et demander si un obstacle complique les trajets permet d’aborder une difficulté concrète. À l’inverse, un jugement général sur le manque de sérieux risque de fermer la conversation avant même qu’elle commence.
L’apprenti doit aussi pouvoir choisir ce qu’il souhaite partager. Pour chercher une solution à un problème de déplacement, l’employeur n’a pas besoin de connaître l’ensemble de sa situation familiale ou financière. La discussion peut rester centrée sur les conséquences pour la formation et sur les relais qu’il serait utile de contacter.
Le CFA, un interlocuteur à associer au suivi
Le maître d’apprentissage accompagne l’acquisition des compétences nécessaires à l’obtention du diplôme, en liaison avec le CFA. Cette relation fait partie du fonctionnement même de l’apprentissage : l’officine et l’établissement de formation participent au même parcours.
Lorsqu’une difficulté apparaît, reprendre contact avec le CFA permet de ne pas limiter l’analyse à ce qui se passe au comptoir. L’apprenti peut être à l’aise au travail et rencontrer des obstacles pour se rendre en cours. Il peut aussi éprouver des difficultés dans les deux lieux, sans avoir encore réussi à en parler.
Le ministère du Travail rappelle que l’accompagnement assuré par les CFA comprend la prévention et la résolution des difficultés sociales et matérielles susceptibles de compromettre le contrat d’apprentissage. Le CFA peut donc être sollicité au-delà des notes, des absences ou de la progression pédagogique.
Examiner aussi les conditions d’apprentissage dans l’officine
Une ressource consacrée aux difficultés du quotidien ne dispense pas de regarder ce qui se passe au travail. Si un apprenti se replie ou perd confiance, il faut aussi pouvoir discuter de son accueil, des consignes reçues, de la disponibilité de son encadrant ou de ses relations avec l’équipe.
La manière de transmettre compte :
- Les explications sont-elles suffisamment claires ?
- L’apprenti sait-il à qui poser ses questions ?
- Dispose-t-il de moments pour revenir sur ce qu’il n’a pas compris ?
- Les remarques lui permettent-elles de progresser, ou se sent-il constamment mis en défaut ?
Ces questions peuvent être intégrées aux points de suivi, sans attendre une difficulté majeure. Elles permettent de distinguer ce qui relève d’un besoin pédagogique, d’un problème d’organisation ou d’un accompagnement extérieur.
Un accompagnement à inscrire dans le quotidien de l’équipe
Pour une officine, l’usage de « ICI ma solution » peut s’intégrer à quelques habitudes : présenter la ressource au début du contrat, conserver les coordonnées du référent CFA et prévoir des échanges réguliers avec l’apprenti, y compris lorsque tout semble bien se passer.
Ces rendez-vous n’ont pas besoin de devenir des entretiens formels à chaque fois. Ils peuvent offrir un temps pour parler des apprentissages, de la charge de travail, des trajets ou d’une difficulté récente. Leur intérêt tient surtout à la possibilité de parler avant qu’une situation ne se dégrade.
L’apprentissage engage plusieurs mois de transmission et de travail commun. Aider une personne à trouver le bon interlocuteur lorsqu’un problème matériel survient contribue à lui donner les moyens de poursuivre ce parcours. À l’officine, cela commence parfois par une question posée au bon moment, puis par un contact pris avec le CFA.