• Jusqu'où les missions des pharmaciens pourraient-elles évoluer au cours du prochain quinquennat ? Dans un document publié le 27 octobre 2026, l'Ordre national des pharmaciens avance 33 propositions pour peser sur les orientations sanitaires de la présidentielle de 2027.
  • Officine, hôpital, biologie médicale, industrie et distribution en gros : tous les métiers de la pharmacie sont concernés. L'institution souhaite que leurs compétences soient davantage mobilisées pour répondre aux difficultés d'accès aux soins, au vieillissement de la population et aux risques sanitaires.
  • Ces propositions s'appuient notamment sur une consultation publique organisée du 20 mai au 10 juin 2026, qui a recueilli 1 149 réponses.
  • « Nos 33 propositions sont concrètes, réalistes », assure Carine Wolf-Thal, présidente du Conseil national de l'Ordre des pharmaciens, qui invite les candidats à s'en saisir.
  • Au-delà de cette prise de position politique, plusieurs mesures dessinent un exercice pharmaceutique aux responsabilités élargies, parfois bien au-delà de la dispensation traditionnelle.

Des médicaments en rupture remplacés directement par le pharmacien

C'est l'une des propositions les plus significatives pour l'exercice officinal.

L'Ordre souhaite permettre aux pharmaciens de remplacer directement un médicament en rupture, ou présentant un risque de rupture, par un équivalent thérapeutique.

La mesure concernerait les médicaments figurant sur une liste publiée par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM).

L'intention est de réduire les interruptions de traitement et de faciliter la continuité des soins lorsque les tensions d'approvisionnement compliquent la délivrance.

Cette proposition dépasse le cadre habituel de la substitution générique. Elle supposerait de définir les conditions dans lesquelles un pharmacien pourrait recourir à un équivalent thérapeutique, en tenant compte de la sécurité du patient.

L'Ordre entend également renforcer la prise en charge des maux courants par le pharmacien d'officine, prolongeant ainsi l'évolution des missions de premier recours déjà engagée ces dernières années.

Vaccination des voyageurs et prévention du paludisme : de nouvelles compétences en officine

Autre proposition susceptible de modifier la pratique quotidienne : confier davantage de responsabilités aux pharmaciens dans la prévention sanitaire des voyageurs.

L'Ordre propose qu'ils puissent prescrire et administrer les vaccins destinés aux voyageurs.

Il souhaite également leur permettre de prescrire et de dispenser des traitements de prévention du paludisme, dans le cadre d'un entretien pharmaceutique.

Ce rendez-vous serait aussi consacré aux recommandations sanitaires adaptées au voyage.

Une telle évolution permettrait de réunir plusieurs étapes du parcours de prévention au sein de l'officine, sans multiplier systématiquement les consultations auprès de différents professionnels.

Elle nécessiterait néanmoins un encadrement réglementaire et des compétences adaptées aux risques sanitaires des destinations concernées.

Visites pharmaceutiques à domicile : l'Ordre veut rapprocher le pharmacien des personnes âgées

Le vieillissement de la population occupe également une place importante dans les propositions de l'institution.

L'Ordre souhaite créer une visite pharmaceutique à domicile, destinée notamment aux personnes âgées et aux patients dont les traitements nécessitent une surveillance particulière.

Cette mesure s'inscrit dans une préoccupation sanitaire de plus en plus pressante : la multiplication des traitements chez les patients âgés et les risques associés à la polymédication.

Selon les données de l'Assurance maladie reprises dans le communiqué, 42,1 % des patients hospitalisés âgés de 75 ans et plus étaient concernés en 2024 par au moins une prescription médicalement inadaptée. Cette proportion atteignait 61,6 % chez les patients du même âge polymédiqués.

Pour l'Ordre, la présence du pharmacien au domicile pourrait contribuer à mieux accompagner la prise des médicaments, identifier certaines difficultés et prévenir les effets indésirables.

L'institution propose également de renforcer son rôle dans la juste prescription et la déprescription, notamment lorsque certains traitements présentent davantage de risques que de bénéfices.

La démarche ne se limiterait pas aux médicaments. Des entretiens spécifiques pourraient être déployés pour repérer les premiers signes de fragilité : troubles cognitifs, risques de chute, difficultés sensorielles, dénutrition ou isolement.

Santé mentale : les pharmaciens pourraient participer au repérage des jeunes en difficulté

L'Ordre souhaite aussi renforcer la contribution des pharmaciens à la prévention des troubles psychiques. Il propose de les impliquer davantage dans le repérage et l'orientation des adolescents et jeunes adultes présentant des troubles psychiques émergents.

Le rôle envisagé ne consiste pas à substituer le pharmacien aux professionnels spécialisés en santé mentale, mais à lui permettre de reconnaître certaines situations préoccupantes, d'améliorer l'écoute et de faciliter l'orientation vers les ressources appropriées.

Cette proposition repose notamment sur la fréquence des contacts entre les pharmaciens et la population, y compris des personnes qui consultent peu d'autres professionnels de santé.

L'Ordre souhaite plus largement adapter le principe du "Making every contact count", qui consiste à utiliser chaque échange avec un professionnel comme une occasion de délivrer un message de prévention personnalisé.

En officine comme en laboratoire de biologie médicale, les conseils pourraient tenir compte de l'âge du patient, de ses facteurs de risque et, lorsque cela est pertinent, de ses résultats biologiques.

Biologistes médicaux : un service d'accès aux soins et un professionnel référent

Les biologistes médicaux ne sont pas oubliés dans cette feuille de route.

L'Ordre propose de créer un service d'accès aux soins de biologie médicale, conçu pour répondre aux besoins de la population sur l'ensemble du territoire et à toute heure. Il souhaite également instaurer une fonction de biologiste médical référent pour les patients atteints de maladies chroniques.

Ce professionnel pourrait assurer des consultations de suivi biologique et participer à des actions d'éducation à la santé.

La proposition accompagne une évolution du rôle de la biologie médicale : au-delà de la production de résultats d'analyses, l'Ordre entend renforcer sa contribution au suivi des patients et à la continuité des prises en charge.

Crises sanitaires, désinformation et intelligence artificielle : des responsabilités supplémentaires

La dernière série de propositions regarde au-delà de l'exercice quotidien.

L'Ordre appelle à associer davantage les pharmaciens à la conception et à la mise en œuvre des plans de gestion de crise, qu'il s'agisse de menaces sanitaires, climatiques ou géopolitiques.

Il suggère notamment d'organiser régulièrement des exercices de simulation et de tirer parti de l'expérience acquise dans les territoires ultramarins.

La lutte contre la désinformation sanitaire constitue un autre volet de cette mobilisation. L'institution souhaite s'appuyer sur l'ensemble des métiers de la pharmacie pour diffuser une information fiable auprès des patients et de la population.

Quant à l'intelligence artificielle, elle figure explicitement parmi les transformations auxquelles la profession devra se préparer. L'Ordre défend un recours sécurisé à ces outils, reposant sur la formation des professionnels et le maintien d'une supervision humaine effective.

Des propositions ambitieuses, mais encore sans traduction réglementaire

Avec ces 33 mesures, l'Ordre entend faire reconnaître la diversité des compétences pharmaceutiques et élargir leur utilisation dans le système de santé.

Cette évolution dépendra toutefois des choix du prochain exécutif, de la place accordée à ces propositions dans les programmes présidentiels et, le cas échéant, des modifications législatives ou réglementaires nécessaires.

La question de leur financement demeure également ouverte. Des visites à domicile, de nouveaux entretiens de prévention ou des missions renforcées de suivi ne pourront être déployés sans définir les moyens humains, les formations et les conditions d'organisation correspondantes.

Pour les pharmaciens, le document ouvre ainsi plusieurs perspectives professionnelles. Reste à savoir lesquelles seront reprises par les candidats, puis traduites en décisions après l'élection.

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