• Près de 20 000 futurs pharmaciens : le chiffre attire l’attention. Il mérite toutefois d’être lu avec précision. L’arrêté du 16 octobre 2026, paru au Journal officiel le 20 octobre, fixe un seuil minimal de 18 670 professionnels à former sur la période 2026-2030. Il s’inscrit dans une programmation commune à quatre filières de santé : médecine, pharmacie, odontologie et maïeutique.
  • La pharmacie représente le deuxième contingent, derrière la médecine. Mais un objectif de formation ne constitue ni un décompte de diplômés déjà disponibles, ni la promesse d’autant de professionnels supplémentaires en activité à l’échéance annoncée.

Un objectif sur cinq ans, pas 20 000 renforts immédiats

Rapporté à cinq années, le seuil de 18 670 correspond à une moyenne de 3 734 par an. Cette valeur donne un ordre de grandeur de la programmation. Elle ne décrit pas des recrutements annuels dans les pharmacies.

Pour mesurer les effets sur les équipes, il faudra suivre les parcours jusqu’au diplôme, puis l’entrée dans l’exercice, les secteurs choisis et les départs de professionnels déjà en activité. Une partie des nouveaux arrivants contribuera au renouvellement des effectifs. Le nombre de personnes formées ne peut donc pas être assimilé à une hausse équivalente du nombre de pharmaciens en exercice.

La même prudence s’impose à propos de l’officine : le seuil concerne la filière pharmacie dans son ensemble. Les débouchés comprennent aussi, selon les parcours, l’hôpital, l’industrie ou la biologie médicale. Pour un titulaire qui cherche un adjoint ou prépare une transmission, ce chiffre national ne permet pas de connaître le nombre de candidats qui seront disponibles localement.

Avant de former davantage, remplir les promotions

Les difficultés de recrutement commencent parfois bien avant le premier contrat de travail. Dans un communiqué du 11 septembre 2025, l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (ANEPF) relayait le constat de la Conférence des doyens : près de 200 places restaient vacantes dans les études de pharmacie, après 293 en 2024. Ces données décrivent les rentrées concernées, pas celle de 2026.

L’association annonçait poursuivre ses actions auprès des lycéens et des étudiants : forums d’orientation, présentation des métiers, guides et campagnes de communication. L’enjeu est concret : permettre de choisir la pharmacie en connaissant la diversité des carrières auxquelles elle prépare.

L’Ordre national des pharmaciens soulignait également, en avril 2025, le poids des places vacantes en deuxième année dans ses projections démographiques à l’horizon 2050. Ces simulations ne prédisent pas un avenir certain. Elles montrent néanmoins pourquoi une capacité de formation ne produit ses effets que si les étudiants l’occupent et poursuivent leur parcours.

Le lieu de formation ne décide pas du lieu d’installation

Former un étudiant dans une région ne garantit pas qu’il y travaillera ensuite, encore moins qu’il choisira une commune où une équipe peine à recruter. Entre l’université et l’installation, interviennent les expériences de stage, les premières possibilités d’emploi et les choix de vie.

Ces questions prolongent l’objectif national sur le terrain. Une place ouverte à l’université et une proposition d’exercice attractive répondent à deux moments différents du parcours. Les deux sont nécessaires pour construire la relève.

Pour les futurs pharmaciens, regarder au-delà des débouchés

Pour un étudiant, cette programmation confirme la place accordée à la formation pharmaceutique dans les besoins de santé. Elle ne dispense pas d’examiner précisément les postes et les projets proposés.

Avant d’accepter un premier emploi, il est utile de discuter de l’organisation du travail, du tutorat, des responsabilités confiées et de l’accès à la formation. Pour un projet d’association ou de reprise, la répartition des décisions, le temps de travail et l’accompagnement du nouvel associé méritent la même attention.

L’objectif de 18 670 donne une perspective collective. Sa traduction se jugera aussi à la possibilité, pour chaque futur pharmacien, de trouver une équipe, un territoire et un mode d’exercice dans lesquels il souhaite rester.

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