- Une promotion plus nombreuse ne remplit pas immédiatement les postes disponibles dans les officines, les cabinets dentaires ou les services hospitaliers. Elle prépare toutefois le renouvellement des équipes, à condition que les étudiants terminent leur cursus et choisissent d’exercer là où les besoins existent.
- Le gouvernement présente le bilan de ses réformes des études de santé comme un « rattrapage historique ». Selon le communiqué du 14 octobre, les objectifs nationaux pluriannuels fixés pour 2021-2025 ont été dépassés dans les quatre filières concernées : médecine, maïeutique, odontologie et pharmacie.
- Il annonce désormais plus de 10 300 admissions annuelles en médecine, 3 400 en pharmacie, 1 400 en odontologie et plus de 1 000 en maïeutique.
- Ces nombres correspondent à des étudiants admis dans les formations, et non à autant de nouveaux professionnels disponibles chaque année sur le marché du travail. Cette distinction compte lorsque les employeurs cherchent à anticiper leurs recrutements.
Pharmacie : une progression plus modérée que le discours général ne le laisse entendre
Avant la réforme, l’arrêté du 27 décembre 2017 fixait à 3 124 le nombre maximal d’étudiants issus de la première année commune aux études de santé autorisés à poursuivre en pharmacie à l’issue de l’année universitaire 2017-2018. Le chiffre de 3 400 admissions annuelles annoncé aujourd’hui représente un écart de 276 étudiants, soit environ 8,8 % (Source : Légifrance).
Cette comparaison donne un ordre de grandeur, avec une réserve : le chiffre de 2017-2018 était un quota réglementaire associé à une voie d’accès, tandis que celui de 2026 est présenté comme un nombre annuel d’admis. Les dispositifs d’entrée ont changé entre les deux périodes.
La hausse est donc réelle à l’échelle de ces deux repères, mais elle reste relativement modérée. Elle ne permet pas, à elle seule, de conclure à une disparition prochaine des difficultés de recrutement.
Les données professionnelles apportent un autre éclairage. Dans son panorama démographique 2026, portant sur les données de 2025, l’Ordre national des pharmaciens recense 75 731 pharmaciens inscrits, soit une augmentation de 3,2 % en dix ans. Une évolution des effectifs en exercice beaucoup plus lente que ce que pourrait suggérer l’annonce d’un rattrapage général des formations de santé. Les deux indicateurs décrivent des réalités différentes : les admissions alimentent les futures promotions ; les inscriptions à l’Ordre reflètent aussi les départs et les parcours professionnels.
Dentaire : environ 16 % de plus par rapport au quota de 2017-2018
En odontologie, le contraste est plus marqué. L’arrêté du 27 décembre 2017 autorisait 1 203 étudiants issus de la PACES à poursuivre leurs études après les épreuves de 2017-2018. Les 1 400 admissions annuelles annoncées dans le communiqué représentent un écart de 197 étudiants, soit environ 16,4 %, avec la même réserve sur la différence entre quota ancien et admissions actuelles. Légifrance
Ce renforcement des promotions peut faciliter, à terme, les remplacements, les collaborations et les reprises de cabinets. Il suppose aussi de disposer d’enseignants, de lieux de stage et de capacités d’encadrement clinique suffisants.
Objectifs 2021-2025 : un dépassement annoncé, encore difficile à mesurer
Ces objectifs étaient accompagnés de seuils minimaux et maximaux d’évolution. Ils portaient sur cinq ans et ne constituaient pas des quotas annuels. Légifrance
Le ministère affirme aujourd’hui qu’ils ont tous été dépassés. Toutefois, son communiqué ne fournit pas les résultats cumulés par filière ni l’écart exact avec chaque objectif. Il n’est donc pas possible, à partir de ce seul document, de chiffrer l’ampleur du dépassement.
Pour la suite, le gouvernement indique que les concertations menées en 2026 doivent conduire à définir des seuils minimaux plutôt que des plafonds. Il annonce également des ajustements de la première année des études de santé pour la rentrée 2027, sans en détailler les modalités dans ce communiqué.
Médecine : une hausse de 15 % des postes d’internat en un an
Le bilan est plus détaillé concernant l’internat de médecine. En 2026, 10 260 postes ont été ouverts, soit 1 341 de plus qu’en 2025. Le total de l’année précédente était donc de 8 919 postes : la progression atteint environ 15 %, selon un calcul effectué à partir des données ministérielles.
Sur une période plus longue, les chiffres du communiqué permettent de retrouver :
- 7 564 postes en 2012 ;
- 8 281 postes en 2017 ;
- 10 260 postes en 2026.
La hausse représente ainsi environ 36 % depuis 2012 et 24 % depuis 2017. L’augmentation de 2026 concentre une part importante de la progression observée sur ces neuf dernières années. Elle décrit toutefois l’entrée en internat, pas le nombre de médecins qui s’installeront immédiatement.
La médecine générale représente 4 070 postes ouverts, contre 3 593 en 2025, soit environ 13,3 % de plus. Elle rassemble près de 40 % de l’ensemble des postes d’internat. Selon le ministère, 4 068 de ces 4 070 postes ont été pourvus.
D’autres spécialités progressent également. Le communiqué recense 627 postes pourvus en psychiatrie, contre 475 l’année précédente, soit 32 % de plus. En pédiatrie, le nombre passe de 389 à 468, soit une hausse de 20,3 %. Ces résultats portent bien sur des postes pourvus, alors que le total national de 10 260 correspond aux postes ouverts.
Des capacités de formation en hausse, avec des écarts entre régions
Entre 2017 et 2026, le ministère annonce une augmentation des postes d’internat dans toutes les régions. Les progressions varient cependant fortement : 73 % en Centre-Val de Loire, 39 % en Outre-mer, 25 % en Île-de-France, contre 16 % en Normandie.
Le nombre de postes supplémentaires complète la lecture des pourcentages. Le Centre-Val de Loire gagne 160 postes, tandis que l’Île-de-France en gagne 364. Une hausse relative élevée peut donc concerner un volume inférieur à celui d’une région déjà dotée de capacités de formation plus importantes.
Ces données témoignent d’un développement des lieux de formation. Elles ne permettent pas encore de mesurer la répartition future des installations ni l’évolution des délais d’accès aux soins.
Dès novembre, un renfort médical encore en formation
Le gouvernement annonce l’arrivée de plus de 3 000 docteurs juniors en médecine générale dès le 1er novembre 2026, dans le cadre de la quatrième année d’internat. Environ 500 internes supplémentaires doivent rejoindre le dispositif en mai 2027.
Selon le communiqué, 80 % de la première vague se formeront dans des territoires caractérisés par des difficultés d’accès aux soins : zones d’intervention prioritaire, zones d’action complémentaire ou quartiers prioritaires de la politique de la ville.
Ces docteurs juniors exerceront en ambulatoire, sauf exceptions, avec une autonomie supervisée par un praticien agréé maître de stage des universités. Ils restent donc des médecins en formation. Le ministère attend de cette organisation plusieurs millions de consultations supplémentaires, sans préciser dans le communiqué les hypothèses de calcul de cette estimation.
Former davantage demande aussi davantage d’encadrement
L’augmentation des promotions concerne directement les professionnels qui accueillent des étudiants. Elle implique du temps de supervision, des situations cliniques adaptées et une organisation compatible avec l’activité quotidienne.
En pharmacie, la réforme annoncée fin 2025 prévoyait, à compter de septembre 2026, un DES officine d’un an comprenant deux stages de six mois dans deux officines différentes. Le ministère associait cette évolution à une meilleure répartition des terrains de stage, notamment dans les territoires ruraux. Le renouvellement des équipes dépend donc aussi de la capacité à accueillir et accompagner ces futurs diplômés.
Le communiqué du 14 octobre annonce enfin la volonté de doubler dès 2027 le nombre d’infirmiers en pratique avancée formés. Il prévoit notamment de supprimer la durée minimale d’exercice préalable et d’ouvrir effectivement la validation des acquis de l’expérience. Mais aucun effectif de départ ni cible chiffrée n’est indiqué, ce qui empêche encore de mesurer le volume de professionnels attendu.
Un bilan des réformes engagées depuis 2017 doit être présenté en novembre. Il devra permettre de suivre ce qui se passe après l’admission : poursuite des études, obtention du diplôme, entrée dans l’emploi et lieu d’exercice. Ce sont ces étapes qui diront comment la hausse des formations se traduit dans les équipes.
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