- Une évolution particulièrement attendue dans un contexte de tension financière pour les étudiants en pharmacie. Selon le dossier de rentrée 2026-2027 de l’Association nationale des étudiants en pharmacie de France (ANEPF), 59,41 % des étudiants se disent préoccupés financièrement au quotidien et 58,38 % travaillent parallèlement à leurs études.
- La réforme de la sixième année arrive donc dans un contexte où chaque évolution financière compte.
1 114 € brut par mois : la nouvelle gratification
C’est sans doute la donnée la plus marquante de cette rentrée pour les futurs pharmaciens d’officine.
À compter du 1er septembre 2026, la gratification des étudiants préparant le diplôme d’études spécialisées (DES) de pharmacie officinale est fixée à 1 114 € brut par mois de stage. Ce montant est prévu par l’accord du 19 janvier 2026 relatif à l’accueil des stagiaires dans la branche de la pharmacie d’officine.
Cette évolution représente une progression substantielle par rapport à l’ancienne gratification de 600 €.
- 600 € : ancienne gratification mensuelle
- 1 114 € brut : nouvelle gratification mensuelle
- +514 € brut par mois : écart entre les deux montants
Sur une année complète, la gratification brute atteint ainsi 13 368 €, avant prise en compte des prélèvements applicables.
Pour des étudiants dont une large part travaille déjà à côté des études afin de financer leur quotidien, cette revalorisation intervient comme une évolution particulièrement significative. Elle prend également une autre dimension lorsqu'on la rapproche de l'évolution générale du coût des études.
Le coût de la rentrée en pharmacie a bondi de près de 400 € en cinq ans
Le dossier de l'ANEPF chiffre à 2 524,82 € le coût réel de la rentrée 2026, hors dépôt de garantie, contre 2 125,33 € en 2021.
Soit : +399,49 € en cinq ans.
Et derrière cette moyenne se cachent des progressions beaucoup plus spectaculaires sur certains postes directement liés au cursus.
L’ANEPF relève notamment :
- +80,7 % pour l’habillement et les tenues de stage, passé de 73,98 € à 133,68 € ;
- +58,5 % pour le matériel pédagogique, passé de 367,25 € à 582,15 € ;
- +49 % pour les transports, passés de 103,86 € à 154,71 € par mois ;
- +23,2 % pour les frais d’agence immobilière, passés de 271,50 € à 334,42 € ;
- +18,4 % pour les loyers, passés de 573,78 € à 679,31 €.
La revalorisation de la gratification de sixième année prend donc une portée très concrète.
Deux stages de six mois dans deux officines
La réforme ne porte toutefois pas uniquement sur la rémunération.
La sixième année officine s'organise désormais autour de deux stages de six mois, réalisés dans deux officines différentes. L'ANEPF souligne cette évolution dans son dossier de rentrée et présente la réforme du troisième cycle officine comme une avancée importante pour la professionnalisation des étudiants.
Cette organisation doit permettre aux futurs pharmaciens de diversifier leur expérience professionnelle et de découvrir plusieurs environnements d'exercice.
Elle implique néanmoins une contrainte supplémentaire : le changement de lieu de stage peut entraîner des frais de déplacement ou de logement supplémentaires.
L’ANEPF identifie précisément ce sujet comme un point de vigilance, notamment lorsque l’étudiant doit composer avec deux lieux de stage et potentiellement deux logements.
Mais elle soulève aussi une question très terre à terre : combien coûtera le fait de changer de lieu de stage ?
Le dossier de l’ANEPF pointe précisément cette difficulté. Un étudiant peut devoir changer de résidence, effectuer davantage de trajets ou, dans certains cas, gérer deux logements au cours de l’année.
Une problématique particulièrement sensible lorsque l’on sait que le transport représente déjà l’une des dépenses ayant le plus progressé depuis 2021.
Transport : une facture qui grimpe de 49 %
Le budget mensuel consacré aux transports est passé de 103,86 € en 2021 à 154,71 € en 2026.
Soit une progression de : +50,85 € par mois et surtout : +49 % en cinq ans.
Cette progression donne une autre lecture à la nouvelle organisation de la sixième année.
Deux lieux de stage peuvent signifier deux environnements professionnels, mais également davantage de kilomètres, des temps de trajet supplémentaires et potentiellement une facture plus lourde.
La question du logement est tout aussi sensible.
Le loyer moyen retenu dans l'indicateur de l'ANEPF atteint désormais 679,31 €, contre 573,78 € en 2021, soit 105,53 € supplémentaires chaque mois.
22 jours de congés : un autre changement majeur
Autre évolution notable : les étudiants bénéficient désormais de congés au cours de leur année de DES.
Le dossier de l’ANEPF fait état de 22 jours de congés payés sur l’année, soit 11 jours pour chacune des deux périodes de six mois.
Il est toutefois préférable de parler de 11 jours ouvrables de congés pour chacun des deux stages de six mois, conformément à l’accord collectif.
Cela représente donc :
- 11 jours ouvrables pour le premier stage
- 11 jours ouvrables pour le second
- 22 jours ouvrables au total sur l’année
Une réforme qui intervient face à une précarité étudiante bien réelle
Ces changements prennent tout leur sens à la lumière des données publiées par l’ANEPF.
Le chiffre est particulièrement parlant :
- 59,41 % des étudiants en pharmacie se disent préoccupés financièrement au quotidien.
- Plus d’un étudiant sur deux doit par ailleurs travailler en parallèle de son cursus :
- 58,38 % exercent une activité à côté de leurs études.
La pression financière ne se limite donc pas au montant à débourser au moment de la rentrée. Elle s'inscrit dans le quotidien des étudiants et peut directement peser sur leur organisation.
Le logement reste notamment le premier poste de dépenses. Il représente plus de la moitié du budget étudiant selon l’ANEPF.
Et certains étudiants rencontrent déjà des difficultés pour régler leur loyer : 23,57 % déclarent avoir des difficultés à payer leur loyer à l’heure.
Quand les difficultés financières débordent sur la santé mentale
Le dossier établit également un lien entre situation financière et état psychologique.
Les chiffres sont particulièrement préoccupants :
- 52,2 % des étudiants présentent une symptomatologie anxieuse douteuse ;
- 14 % présentent une dépression certaine ;
- 1 étudiant sur 3 a déjà envisagé d’arrêter ses études.
L’ANEPF relève également que 46 % des étudiants en pharmacie jugeaient leur santé mentale mauvaise ou très mauvaise en 2021, sans amélioration constatée dans l’enquête 2025 mentionnée dans le dossier.
Le lien avec les difficultés économiques ressort également des données présentées : 59,41 % des étudiants évoquent des difficultés financières, contre 44 % à l’échelle nationale, tandis que les situations de stress et d'isolement sont plus fréquentes chez ceux qui connaissent les plus fortes difficultés financières.
La question de la gratification de sixième année ne peut donc pas être réduite à un simple supplément de revenu.
Une compensation de 3 537 € pour les officines
La revalorisation de la gratification s'accompagne également d'un mécanisme destiné aux structures accueillant les étudiants.
Pour l'année universitaire 2026-2027, une officine ayant accueilli un étudiant pendant une période effective de six mois peut bénéficier d'une compensation forfaitaire de 3 537 €.
Le dispositif est versé par la caisse primaire d'assurance maladie dont relève l'officine, au terme du stage, sous réserve de la transmission de la demande et des justificatifs prévus par le texte.
L'arrêté précise également que le calcul de la compensation mensuelle prend en compte la gratification brute versée à l'étudiant dans la limite de 1 114 €, à laquelle s'ajoutent les cotisations patronales.
Une nouvelle sixième année, avec davantage de droits mais aussi de nouvelles contraintes
La réforme du troisième cycle officine modifie donc sensiblement la dernière année du cursus.
Pour les étudiants concernés, les principaux changements sont les suivants :
- 1 114 € brut de gratification par mois ;
- deux stages de six mois dans deux officines différentes ;
- 22 jours ouvrables de congés sur l'année ;
- de nouveaux droits sociaux ;
- une prise en charge de 50 % des abonnements de transport en commun ;
- une compensation de 3 537 € pour l'officine accueillant un étudiant pendant six mois en 2026-2027.
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