La réponse demande de la précision. Oui, il existe des rémunérations au cours du parcours odontologique. Non, elles ne se ressemblent pas. Entre les indemnités des années hospitalières et le véritable statut salarié de l’interne, l’écart est net.
Un cursus long, sélectif et matériellement exigeant
Les études d’odontologie s’inscrivent parmi les formations de santé les plus engageantes. Après la première année d’accès aux études de santé, les étudiants enchaînent enseignements fondamentaux, travaux pratiques, apprentissage préclinique, stages hospitaliers puis activité clinique encadrée.
Le ministère de l’Enseignement supérieur rappelle d’ailleurs que la formation conduit progressivement à l’autonomie thérapeutique et à la prise en charge réelle des patients.
À cette charge de travail s’ajoutent des dépenses spécifiques souvent minimisées :
- instrumentation ;
- consommables ;
- blouses et équipements ;
- déplacements vers les centres hospitaliers ;
- logement en ville universitaire ;
- supports pédagogiques.
Avant l’internat : une indemnisation hospitalière, pas un revenu d’indépendance
Durant les années cliniques, les étudiants participent aux soins sous supervision hospitalo-universitaire. Ils assurent consultations, actes encadrés, suivi de dossiers et apprentissage du lien patient. Cette activité ouvre droit à une rémunération liée au statut d’étudiant hospitalier.
Soyons clairs : on parle davantage d’une indemnité que d’un salaire permettant de vivre seul.
Dans la plupart des villes universitaires, ces sommes couvrent une partie des frais courants, mais rarement un loyer complet, des charges et l’ensemble des dépenses mensuelles.
L’internat d’odontologie change radicalement la donne
Le point de bascule intervient avec l’internat d’odontologie, accessible via concours national. L’étudiant entre alors dans une logique de spécialisation et de responsabilité hospitalière renforcée.
Les internes relèvent d’un statut rémunéré comparable à celui des autres internes de santé. Les grilles publiées par plusieurs sources spécialisées de la fonction publique hospitalière montrent une progression selon l’ancienneté, avec des rémunérations brutes mensuelles débutant autour de 1 600 € et dépassant 2 300 € dans les années supérieures, hors primes et indemnités complémentaires.
Peut-on financer ses études grâce à cette rémunération ?
La question mérite d’être scindée en deux périodes.
1. Avant l’internat : financement autonome très compliqué
Avant d’accéder à l’internat, la rémunération étudiante hospitalière reste insuffisante pour couvrir l’ensemble des besoins d’un étudiant indépendant, surtout dans les métropoles où les loyers sont élevés.
Les enquêtes de l’Observatoire de la vie étudiante montrent régulièrement que le logement constitue le premier poste de dépense des étudiants français. Dans ce contexte, quelques centaines d’euros mensuels allègent la pression, sans l’effacer.
Beaucoup d’étudiants s’appuient donc sur :
- soutien familial ;
- bourses ;
- prêt étudiant ;
- économies ;
- aide au logement et aux repas ;
- petits revenus annexes quand le rythme universitaire le permet.
Le récit de “l’étudiant dentaire qui finance seul son cursus grâce à l’hôpital” reste largement fantasmé.
2. Pendant l’internat : souvent oui, au moins partiellement
À partir de l’internat, la situation devient plus favorable. Selon la ville d’affectation, le coût du logement et les éventuelles gardes, la rémunération permet fréquemment :
- de payer un loyer ;
- d’assumer les charges courantes ;
- de vivre sans soutien permanent ;
- de commencer à rembourser un emprunt étudiant.
Dans des villes universitaires hors zones immobilières les plus tendues, cela peut constituer un véritable point d’équilibre budgétaire.
Tous les étudiants ne passent pas par l’internat
C’est un point souvent oublié. L’internat n’est pas automatique. Il s’agit d’une voie sélective.
Une partie des étudiants choisit ou obtient un parcours orienté spécialisation, tandis que d’autres rejoignent directement l’exercice omnipratique à l’issue du cursus initial. Présenter la rémunération de l’interne comme un horizon garanti pour tous serait donc inexact.
Les facultés rappellent régulièrement que l’internat répond à des besoins de formation spécialisée précis, et non à une étape universelle du cursus.
Le coût invisible : les années sans revenu plein
L’analyse purement mensuelle masque un autre sujet : le différé de revenus.
Un étudiant en odontologie consacre plusieurs années à une formation dense pendant lesquelles il ne bénéficie pas d’un salaire complet comparable à d’autres diplômés entrés plus tôt sur le marché du travail. Pendant ce temps, d’autres actifs :
perçoivent déjà un revenu stable ;
- épargnent ;
- cotisent ;
- se logent plus facilement.
- La rémunération de l’internat améliore la situation, mais elle intervient tard dans le parcours.
Un sujet d’attractivité pour la profession
Les représentants étudiants et certains acteurs universitaires alertent depuis plusieurs années sur la nécessité de rendre les études de santé soutenables économiquement.
Le sujet dépasse le confort individuel. Si les études longues deviennent trop coûteuses pour certaines catégories sociales, la diversité des profils recrutés se réduit mécaniquement. Pour une profession confrontée à des tensions territoriales d’accès aux soins bucco-dentaires, la question mérite attention.
Peut-on bâtir un plan financier en comptant sur l’internat ?
La réponse rigoureuse est : OUI comme perspective à moyen terme, NON comme stratégie d’entrée dans les études.
Un lycéen ou un étudiant débutant ne devrait pas construire son budget sur l’idée qu’il bénéficiera plus tard d’une rémunération d’interne. Celle-ci arrive après plusieurs années d’études et dépend d’un concours sélectif.
Ce que disent les chiffres, sans les déformer
Les données disponibles convergent :
- avant l’internat, rémunération limitée ;
- pendant l’internat, revenu réel ;
- autonomie variable selon la ville ;
- impact majeur du logement ;
- sélectivité du passage en internat.
Sources
UNECD – Schéma des études odontologiques / repères sur le cursus
Observatoire national de la vie étudiante – publications et enquêtes conditions de vie
Légifrance, dispositions réglementaires relatives aux internes des établissements hospitaliers ((recherche utilisée : statut des internes en médecine pharmacie odontologie)
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