- Les Journées européennes du patrimoine auront lieu les 19 et 20 septembre 2026.
- Pour cette 43e édition, le ministère de la Culture a retenu deux thèmes : « Patrimoine de la photographie » et « Patrimoine en péril : raviver, résister, réimaginer ».
- Le programme national montre une nouvelle fois que le patrimoine ne se résume pas aux châteaux, aux églises ou aux monuments historiques.
- Les lieux d’enseignement, les collections scientifiques, les hôpitaux, les ateliers et les bâtiments professionnels ont également leur histoire à raconter. Et les professions de santé ont quelques belles histoires à raconter...
Pharmacie : des facultés qui ouvrent leurs trésors
Pour la pharmacie, le programme 2026 est particulièrement fourni. Les visiteurs pourront pousser les portes de facultés, découvrir des collections scientifiques constituées au fil des siècles et entrer dans l'histoire d'un métier qui a profondément changé avec l'évolution des connaissances, des traitements et des pratiques.
À Paris, l’Ordre national des pharmaciens ouvre son musée
L’Ordre national des pharmaciens participe directement aux Journées européennes du patrimoine.
Les samedi 19 et dimanche 20 septembre, son siège parisien, situé avenue Ruysdaël, accueille le public pour des visites guidées de son musée. Les visites sont gratuites et se font sur inscription. Elles permettent de découvrir l'histoire de la profession à travers les collections de l'Ordre et notamment le droguier Menier.
Près de 800 pots en verre soufflé composent cette collection consacrée aux drogues essentielles de l'arsenal thérapeutique. Le parcours permet également de découvrir le patrimoine architectural du siège de l'Ordre, installé dans un hôtel particulier construit à la fin du Second Empire.
Mais l'édition 2026 réserve une surprise supplémentaire : Le street artist Codex Urbanus investira les locaux de l'Ordre à l'occasion des Journées du patrimoine. L'art contemporain s'installe donc dans un lieu consacré à l'histoire de la pharmacie. L'Ordre a annoncé cette intervention le 25 août, à quelques semaines de l'événement.
Le programme de l’Ordre national des pharmaciens
La Faculté de Pharmacie de Paris a prévu une journée particulièrement dense le samedi 19 septembre, de 10 heures à 17 heures.
Trois circuits de visites guidées, une exposition et un escape game permettront de découvrir les collections de l'établissement.
Le musée François Tillequin, consacré aux collections de matière médicale, constitue l'une des pièces maîtresses du parcours. Créé à partir de 1882, il rassemble aujourd'hui plus de 25 000 échantillons végétaux : feuilles, fleurs, racines et fruits conservés par séchage.
La collection avait à l'origine une vocation très concrète : faire connaître aux futurs pharmaciens les plantes importantes pour la thérapeutique. Elle conserve aujourd'hui le charme d'une collection scientifique du XIXe siècle tout en rappelant le rôle joué par la botanique dans la formation des pharmaciens.
« Laboratoire de mémoire » : quand une faculté devient sujet photographique
La Faculté propose également l'exposition « Laboratoire de mémoire », consacrée au travail de la photographe Charline Tartare.
Présentée dans les Salons du Doyen du 14 septembre au 2 octobre, l'exposition bénéficiera d'une ouverture exceptionnelle le samedi 19 septembre. La photographe a choisi de regarder la faculté elle-même : ses portes, ses couloirs, ses vitres, ses traces d'usure et les espaces traversés quotidiennement par les étudiants et les professionnels.
Le choix colle directement au thème national consacré au patrimoine photographique.
Montpellier : 15 000 échantillons dans un droguier vieux de plusieurs siècles
Le samedi 19 septembre, la faculté de pharmacie de Montpellier ouvre son musée de la pharmacie Albert Ciurana et son droguier.
Mais le morceau le plus spectaculaire se trouve peut-être dans le droguier.
Son histoire remonte à 1588, lorsque l'apothicaire montpelliérain Bernardin Duranc réunit des drogues et préparations médicinales destinées à l'enseignement des étudiants en médecine.
Relancé avec la création de l'École de pharmacie en 1803, il est aujourd'hui présenté comme le deuxième plus ancien droguier de France après celui de Paris.
Il conserve près de 15 000 échantillons, principalement d'origine végétale. L'ensemble est inscrit au titre des Monuments historiques depuis 2009. Les visites prévues pour les JEP sont gratuites, sur inscription, avec une capacité limitée à 18 personnes par visite.
Le programme de la Faculté de pharmacie de Montpellier
Autre décor, autre époque : l'ancienne pharmacie Pesche à Alençon.
Les 19 et 20 septembre, cette officine habituellement inaccessible au public ouvrira exceptionnellement ses portes. Inscrit au titre des Monuments historiques depuis 1987, le décor a fait l'objet d'une importante campagne de restauration en 2018 et 2019.
Boiseries, rayonnages, coupole, plafond et salle ovale composent un ensemble particulièrement représentatif du patrimoine pharmaceutique alençonnais. Les Archives municipales présenteront également des documents, photographies et objets retraçant l'histoire de la pharmacie et de ses propriétaires du XIXe au XXe siècle. La visite permet de voir très concrètement à quoi ressemblait une officine avant la pharmacie contemporaine.
Pour les vétérinaires, difficile de passer à côté de l'École nationale vétérinaire d'Alfort et ses 260 ans d'histoire.
L'établissement ouvre son campus pendant les deux jours des Journées européennes du patrimoine. Et cette fois encore, le programme ne se limite pas à une visite architecturale.
Des étudiants vétérinaires eux-mêmes guideront les visiteurs à travers le campus. Plusieurs départs sont prévus chaque jour, avec des parcours consacrés à l'histoire de l'école.
Pour quelqu'un qui envisage les études vétérinaires, être accueilli et guidé par des étudiants offre une autre façon de découvrir la formation. On ne regarde plus seulement des bâtiments anciens : on entre dans un établissement où des étudiants suivent aujourd'hui leur cursus.
L'exposition « 260 ans d'Alfort » : l'histoire d'une école et d'une profession
L'événement revient sur l'évolution du campus et de l'école à travers les différentes périodes de son histoire. L'École vétérinaire d'Alfort a été créée au XVIIIe siècle. Son campus est devenu un lieu majeur de formation, de recherche et de pratique vétérinaire.
L'exposition permet de suivre les transformations de l'établissement et les bouleversements qui ont accompagné son histoire.
Le musée Fragonard : anatomie animale grandeur nature
Le musée Fragonard sera également ouvert gratuitement pendant les deux jours.
Ses collections constituent l'un des grands trésors scientifiques de l'EnvA. Squelettes, organes, pièces anatomiques et autres préparations permettent de découvrir l'histoire de l'anatomie vétérinaire.
Les visites sont prévues le samedi et le dimanche, matin et après-midi, sans réservation selon le programme national.
Pour un public familial, la visite peut être spectaculaire. Pour un futur étudiant vétérinaire, elle permet surtout de comprendre une chose : l'observation du corps animal et son anatomie constituent des bases historiques de la formation vétérinaire.
Livres anciens, plantes et histoire de la médecine vétérinaire
Le parcours ne s'arrête pas au musée. La bibliothèque de l'EnvA proposera une visite guidée de ses livres anciens. Le jardin botanique fera également l'objet d'une visite consacrée aux propriétés des plantes.
Une conférence consacrée à l'histoire de la médecine vétérinaire est également programmée le 19 septembre avec Christophe Degueurce, ancien directeur de l'EnvA et professeur d'anatomie animale, et François Vallet, praticien vétérinaire et docteur en histoire. Tous deux sont coauteurs de Soigner les animaux, histoire de la médecine vétérinaire en France.
Dentaire : moins de rendez-vous institutionnels, mais de vraies pépites
Le contraste est plus marqué pour la profession dentaire.
À ce stade, le programme national des JEP ne fait pas apparaître de dispositif comparable à celui de l'Ordre des pharmaciens ou de l'École vétérinaire d'Alfort porté directement par une grande institution nationale de la profession dentaire.
Cela ne signifie pas pour autant que l'histoire de l'art dentaire est absente.
Elle apparaît surtout à travers des musées, des collections universitaires et des établissements hospitaliers.
À Lyon, les dents passent à la loupe
À l'École normale supérieure de Lyon, le rendez-vous « Montre-moi tes dents ! » est proposé le samedi 19 septembre.
Pendant quatre créneaux, les visiteurs pourront découvrir des livres anciens de la Bibliothèque Diderot et des spécimens issus des collections du département de biologie.
L'objectif : raconter la diversité des dents et leur histoire, mais aussi la manière dont elles ont été entretenues et soignées au fil des siècles.
« Montre-moi tes dents ! » à l’ENS de Lyon
À Bicêtre, 160 objets racontent l'histoire du dentiste. Plus directement lié à la profession, l'exposition « À pleines dents ! De l'arracheur de dents au dentiste expert » présentée à l'Hôpital Bicêtre retrace l'histoire de l'art dentaire de l'Antiquité à l'époque contemporaine.
L'exposition rassemble 160 œuvres et objets scientifiques.
Elle revient notamment sur les pratiques rudimentaires du Moyen Âge, les opérateurs empiriques et les représentations caricaturales du fameux « arracheur de dents ». Mais son propos consiste surtout à montrer comment l'art dentaire s'est progressivement structuré en discipline scientifique et professionnelle.
Le XVIIIe siècle marque notamment une période importante avec l'apparition de traités, les réflexions sur la formation et l'évolution des statuts professionnels. L'exposition s'intéresse également aux innovations qui ont marqué l'histoire de la médecine bucco-dentaire, notamment dans le traitement de la douleur.
Rennes : quand le patrimoine hospitalier rassemble dentaire, pharmacie et radiologie
Le Conservatoire du Patrimoine Hospitalier de Rennes propose lui aussi une plongée dans l'histoire des professions de santé.
Sa collection permanente est organisée autour de plusieurs espaces consacrés au dentaire, à la médecine, à la chirurgie, à la radiologie, à la pharmacie et aux soins.
Environ 5 000 objets, documents écrits, documents numériques et enregistrements sonores sont conservés par le conservatoire, dont environ 1 000 sont exposés.
Pour les Journées du patrimoine, une visite guidée de la collection permanente est proposée le 19 septembre.
Une autre exposition devrait particulièrement retenir l'attention des professionnels de santé :
« Êtes-vous au courant ? Électricité et médecine »
Cette exposition au Conservatoire du Patrimoine Hospitalier de Rennes s'intéresse à l'arrivée de l'électricité dans le domaine médical et aux liens entre innovation technique et pratiques de soins.
Quatre visites guidées sont programmées les 19 et 20 septembre.
Là encore, le visiteur ne découvre pas seulement des instruments anciens. Il voit comment les techniques médicales se sont transformées.
Et les Ordres professionnels, dans tout ça ?
C'est peut-être l'une des questions les plus intéressantes pour cette édition 2026...
Les pharmaciens : oui, sans ambiguïté
L'Ordre national des pharmaciens ouvre son musée, organise des visites guidées et fait même entrer un artiste contemporain dans ses collections.
C'est une participation particulièrement visible.
Les vétérinaires : l'école prend le relais
Je n'ai pas identifié, dans le programme national 2026 consulté, de dispositif comparable porté directement par l'Ordre national des vétérinaires.
En revanche, l'École nationale vétérinaire d'Alfort assume pleinement la transmission de cette histoire avec un week-end particulièrement riche : visites par des étudiants, exposition, musée, bibliothèque, jardin botanique et conférence.
Les chirurgiens-dentistes : une présence plus discrète
Le patrimoine dentaire existe pourtant bel et bien. Il est visible à Bicêtre, à Lyon ou encore dans les collections hospitalières de Rennes.
La différence tient donc moins à l'absence de patrimoine qu'à la manière dont celui-ci est présenté au public.
Pourquoi ces visites peuvent compter pour les vocations
Les Journées européennes du patrimoine ne sont évidemment pas un salon de l'emploi. Mais elles permettent quelque chose que les campagnes de recrutement ne montrent pas toujours : faire voir les métiers.
Un lycéen peut entendre parler de pharmacie, de vétérinaire ou de chirurgie dentaire pendant des mois. Il peut consulter les programmes de formation, regarder les modalités d'admission et comparer les études.
Mais entrer dans une faculté de pharmacie, regarder les collections qui ont servi à former des générations de pharmaciens, rencontrer des étudiants vétérinaires sur le campus d'Alfort ou découvrir 160 objets racontant l'évolution de l'art dentaire produit une autre forme de découverte.
Le métier devient concret, la formation aussi.
Et le patrimoine raconte alors quelque chose de très actuel : une profession ne commence pas avec le diplôme. Elle s'inscrit dans une histoire, des savoir-faire et des lieux qui continuent d'évoluer.
Pour des secteurs qui doivent attirer de nouveaux étudiants et préparer les professionnels dont auront besoin les patients, les officines, les cliniques, les cabinets et les établissements de santé, cette visibilité n'est pas anodine.
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