Des recherches encore récentes
La neurodivergence regroupe différentes façons de fonctionner sur les plans cognitif, sensoriel ou attentionnel. Les travaux consacrés à la maternité concernent principalement l’autisme et le TDAH, tandis que les recherches portant sur les professionnels de santé neurodivergents se développent progressivement.
Une revue de la littérature consacrée à la neurodivergence dans la profession infirmière, publiée en avril 2026 dans le Journal of Advanced Nursing, a recensé 22 sources publiées entre 1999 et 2025. Elle porte notamment sur l’autisme, le TDAH et la dyslexie. Les auteurs identifient des points d’appui rapportés par les professionnels concernés, comme la capacité de concentration, certaines qualités relationnelles ou l’apport de perspectives différentes. Ils relèvent également des difficultés liées, entre autres, à la documentation, au multitâche et à l'organisation du travail.
La revue souligne surtout un manque de connaissances sur la neurodivergence dans les métiers infirmiers et la nécessité de mieux prendre en compte les conditions de travail.
Quand le métier du soin est lui-même très sollicitant
Les professions de santé reposent sur des exigences qui peuvent concerner particulièrement les personnes ayant des besoins spécifiques en matière d'environnement ou d'organisation :
- interruptions fréquentes,
- changements de planning,
- multitâche,
- bruit,
- lumières,
- interactions nombreuses,
- gestion des urgences,
- nécessité de passer rapidement d'une tâche à l'autre.
Une étude qualitative consacrée aux professionnels de santé neurodivergents en Nouvelle-Zélande, publiée en 2025, a notamment identifié des difficultés concernant les fonctions exécutives, les relations interpersonnelles, la communication, le sentiment de détresse morale et l'absence d'adaptations suffisamment accessibles. Les participants ont parallèlement évoqué des qualités telles que la créativité, l'empathie et la capacité à résoudre des problèmes.
Une expertise liée à l'expérience personnelle ?
Un travail publié en 2026 sur les sages-femmes apporte un éclairage particulièrement intéressant.
Les chercheurs ont interrogé cinq sages-femmes autistes et cinq sages-femmes non autistes sur leur accompagnement des personnes autistes pendant la grossesse et l'accouchement.
Les deux groupes identifiaient les difficultés liées à la communication, au traitement de l'information et aux particularités sensorielles. Mais les professionnelles autistes décrivaient une forme de compréhension issue de leur propre expérience. Elles expliquaient pouvoir parfois repérer plus rapidement certains besoins, anticiper certaines difficultés et proposer spontanément des adaptations.
Les auteurs parlent d'« autistic resonance », que l'on peut traduire par une forme de résonance liée à l'expérience autistique. Ils considèrent que cette connaissance issue de l'expérience peut constituer une forme d'expertise professionnelle complémentaire des connaissances acquises par la formation.
Et lorsque cette professionnelle est aussi mère ?
C'est précisément ici que les données deviennent beaucoup plus rares.
Les recherches sur les mères neurodivergentes montrent néanmoins que la période entourant la naissance et les premiers mois de l'enfant peut demander des adaptations importantes.
Une revue publiée en 2025 dans le Maternal and Child Health Journal a recensé 18 travaux consacrés à l'expérience post-partum des femmes neurodivergentes. Les études retenues portent principalement sur des femmes autistes et des femmes ayant un TDAH.
Les auteurs constatent que de nombreux dispositifs d'accompagnement sont conçus selon des références correspondant à un fonctionnement neurotypique. Les groupes de jeunes parents, par exemple, peuvent représenter une source de sollicitations sociales et sensorielles importante pour certaines femmes autistes. Les besoins liés au bruit, au toucher, à la lumière, à l'organisation ou à la communication ne sont pas toujours pris en compte.
La période post-partum peut également amplifier certaines difficultés liées aux fonctions exécutives : planifier, organiser, anticiper, gérer les horaires et enchaîner les tâches deviennent particulièrement complexes avec un nourrisson.
Une accumulation de sollicitations
Pour une professionnelle du soin qui est également mère, certaines de ces situations peuvent se superposer.
À l'hôpital, en clinique, en pharmacie, en cabinet ou dans une structure médico-sociale, la journée peut déjà être ponctuée de bruit, d'interruptions, de demandes simultanées et de changements imprévus.
Une fois rentrée à domicile, la sollicitation ne disparaît pas nécessairement : enfant à accompagner, repas à préparer, informations à gérer, rendez-vous à anticiper, affaires scolaires ou administratives à organiser, sans compter les réveils nocturnes lorsque l'enfant est encore petit.
Il serait toutefois excessif d'en déduire qu'une mère neurodivergente rencontrera nécessairement des difficultés importantes. Les expériences sont très différentes selon les personnes, le neurotype, l'environnement professionnel, la situation familiale, les possibilités d'aménagement et les ressources disponibles.
Le bruit, le toucher et les imprévus peuvent prendre une place particulière
La revue consacrée au post-partum relève notamment l'importance des sollicitations sensorielles.
Les pleurs d'un bébé, le contact physique répété, l'allaitement lorsqu'il est choisi, les jouets sonores, les déplacements constants ou encore l'absence de moments réellement prévisibles peuvent représenter une charge supplémentaire pour certaines femmes.
Cette dimension peut être particulièrement intéressante pour les professionnelles du soin.
Une infirmière qui passe plusieurs heures dans un environnement bruyant, avec des alarmes, des appels, des collègues, des patients et des interruptions, peut ensuite retrouver à domicile un environnement qui demande lui aussi une attention permanente.
Les horaires atypiques ajoutent une contrainte supplémentaire
Les gardes, horaires décalés, nuits, week-ends et changements de planning sont fréquents dans plusieurs métiers du soin.
Or la parentalité demande elle aussi une organisation importante. Lorsque les horaires professionnels varient, les solutions de garde doivent suivre. Les temps de sommeil peuvent être décalés et les moments disponibles avec les enfants réduits.
Chez une personne qui rencontre déjà des difficultés avec la gestion du temps, l'anticipation ou le passage rapide d'une activité à une autre, ces contraintes peuvent demander des stratégies supplémentaires.
Les études actuelles ne permettent pas de chiffrer précisément l'effet de cette combinaison « neurodivergence + métier du soin + maternité ». C'est justement l'une des limites importantes des données disponibles.
Une autre question : le diagnostic peut-il arriver après la maternité ?
- Les trajectoires de diagnostic méritent également d'être prises en compte.
- Chez certaines femmes, l'identification d'un TDAH ou d'un autisme intervient à l'âge adulte, parfois après plusieurs années de vie professionnelle et familiale.
La maternité peut alors donner un nouveau cadre de lecture à certaines expériences antérieures : difficultés à gérer simultanément plusieurs tâches, besoin de routines, fatigue liée aux interactions, hypersensibilités sensorielles, difficultés à récupérer après une journée très sollicitante ou encore sentiment de devoir constamment s'adapter aux attentes de l'environnement.
Un témoignage publié dans The Guardian en août 2026 illustre cette situation. Sarah Marsh raconte avoir découvert son TDAH après la naissance de son enfant. Elle décrit notamment son expérience dans une unité postnatale comme particulièrement difficile en raison du bruit, de la lumière, du manque de sommeil et de l'imprévisibilité de la situation. Elle explique avoir compris seulement après son diagnostic pourquoi certains aspects de son séjour avaient été aussi difficiles à vivre.
Être professionnelle du soin peut aussi modifier le regard porté sur la maternité
La relation peut fonctionner dans les deux sens.
Une professionnelle neurodivergente qui devient mère peut développer une connaissance plus précise de certaines situations vécues par les patients et leurs familles. Mais son expérience professionnelle peut également modifier sa manière d'aborder la maternité.
Les recherches sur les sages-femmes autistes montrent par exemple que l'expérience personnelle peut contribuer à une meilleure anticipation de certains besoins chez les patientes autistes.
Une étude publiée en 2025 a par ailleurs étudié une formation à la neurodiversité dispensée par des médecins neurodivergents à des professionnels hospitaliers. Parmi les 44 participants ayant reçu le questionnaire, 29 ont répondu. 97 % ont considéré le sujet pertinent pour leur travail, 83 % ont déclaré se sentir davantage en confiance pour prendre en charge des patients autistes et 90 % ont indiqué se sentir davantage en mesure d'accueillir des collègues autistes.
Des aménagements qui peuvent bénéficier à toute l'équipe
Les recherches sur les professionnels neurodivergents mettent régulièrement en avant l'intérêt d'adaptations organisationnelles.
Parmi les pistes évoquées dans la littérature figurent notamment :
- une meilleure prévisibilité des plannings ;
- des espaces permettant de réduire les stimulations sensorielles ;
- des consignes écrites lorsque cela facilite la compréhension ;
- une limitation des interruptions inutiles ;
- des modalités de communication explicites ;
- une réflexion sur les horaires et les rotations ;
- une meilleure formation des encadrants à la neurodiversité.
Une étude qualitative consacrée aux aménagements raisonnables pour les professionnels de santé autistes s'est précisément intéressée à ces questions. Elle s'appuie notamment sur les expériences de professionnels autistes issus de la médecine et des soins infirmiers.
Ces mesures ne sont d'ailleurs pas nécessairement réservées aux salariés neurodivergents. Une organisation plus prévisible, des consignes claires ou une meilleure maîtrise des interruptions peuvent être utiles à de nombreux professionnels.
La maternité reste encore un angle mort
Les travaux consacrés aux mères neurodivergentes sont en augmentation, mais ils restent peu nombreux. La revue de 2025 ne recensait que 18 publications répondant à ses critères, avec une forte représentation des études consacrées à l'autisme. Les auteurs soulignent eux-mêmes le manque de travaux portant sur d'autres profils neurodivergents et sur des contextes géographiques plus variés.
Une autre revue systématique consacrée à l'expérience périnatale des personnes autistes ou ayant un TDAH arrive à une conclusion similaire : la grossesse, l'accouchement et les premiers temps de la parentalité présentent des particularités encore insuffisamment prises en compte dans les parcours de soins.
Un sujet à approfondir pour les métiers du soin
Il manque aujourd'hui une étude permettant de répondre précisément à une question pourtant très concrète : combien de professionnelles du soin sont à la fois neurodivergentes et mères, et quels sont leurs besoins spécifiques ?
Les recherches disponibles permettent de poser plusieurs hypothèses, mais pas de les transformer en statistiques.
Elles suggèrent que plusieurs dimensions pourraient être étudiées ensemble : organisation du travail, horaires atypiques, sommeil, environnement sensoriel, charge familiale, diagnostic tardif, aménagements professionnels, parcours de carrière et rôle de l'expérience personnelle dans la relation avec les patients.
Ce croisement pourrait concerner de nombreuses professions : infirmières, aides-soignantes, sages-femmes, médecins, pharmaciens, préparateurs en pharmacie, vétérinaires, auxiliaires spécialisés vétérinaires, psychologues, kinésithérapeutes ou encore professionnels du secteur médico-social.
Pour les établissements et les employeurs, la question dépasse donc celle du diagnostic. Elle consiste aussi à savoir quelles conditions permettent à une professionnelle de rester dans son métier, de préserver son équilibre entre travail et vie familiale et de mobiliser pleinement ses compétences.
La recherche commence seulement à documenter cette réalité. Et le fait que les deux sujets (maternité neurodivergente et exercice d'une profession de santé) soient encore majoritairement étudiés séparément montre qu'il existe un espace important pour de nouvelles enquêtes.
Envie d'approfondir ?
Découvrez plus d'articles sur Le Moniteur des pharmacies
C'est par iciEnvie d'approfondir ?
Découvrez plus d'articles sur L'information dentaire
C'est par iciEnvie d'approfondir ?
Découvrez plus d'articles sur Le Point vétérinaire
C'est par ici