• La détente annoncée sur le marché de l’emploi paraît encore lointaine dans une partie des métiers du soin. En 2025, les médecins et les dentistes occupent respectivement les troisième et quatrième places du classement des trente métiers les plus en tension établi par la Dares et France Travail. Ces deux professions figurent également parmi les rares métiers où les tensions augmentent par rapport à 2024.
  • À l’échelle nationale, le mouvement est pourtant inverse. Tous métiers confondus, les tensions retrouvent leur niveau le plus bas depuis 2017, hors crise sanitaire. Les professions classées en tension forte ou très forte représentent 46 % de l’emploi salarié, contre 56 % un an auparavant.
  • Ce recul accompagne notamment une baisse des projets de recrutement, de 9,5 % en un an. Une partie de l’amélioration tient donc à des embauches moins nombreuses. Elle ne signifie pas que les employeurs ont trouvé une réponse durable à leurs difficultés de recrutement.

Une moyenne en baisse, des professions toujours sous pression

Le grand domaine qui rassemble la santé et l’action sociale, culturelle et sportive passe d’un niveau de tension « très forte » à « forte ». Il quitte ainsi la catégorie la plus élevée, dans laquelle il se trouvait depuis 2021.

Cette évolution demande toutefois à être lue avec prudence. Le regroupement couvre des activités très différentes et ne décrit pas à lui seul la situation de chaque profession de santé. La hausse observée chez les médecins et les dentistes en donne une illustration.

D’autres métiers du soin restent présents dans le classement des trente professions les plus tendues. La catégorie « autres professionnels paramédicaux » arrive au vingt-cinquième rang, celle des « infirmiers et sages-femmes » au vingt-neuvième. Les aides-soignants figurent, quant à eux, parmi les professions à forts effectifs dont les tensions restent fortes ou très fortes.

Chez les médecins et les dentistes, les candidats manquent aussi au bon endroit

Pour les médecins comme pour les dentistes, deux facteurs atteignent le niveau maximal dans les indicateurs complémentaires : le manque de main-d’œuvre disponible et le lien entre formation et emploi. Les recrutements portent sur des qualifications précises, qui limitent le nombre de candidats susceptibles d’occuper les postes proposés.

La dimension territoriale pèse également. L’inadéquation géographique entre offres et demandes d’emploi est évaluée à 4 sur 5 chez les médecins et à 5 sur 5 chez les dentistes. Les besoins et les candidats ne se trouvent donc pas suffisamment aux mêmes endroits.

Ce résultat aide à comprendre pourquoi une difficulté de recrutement peut persister malgré l’existence de professionnels disponibles ailleurs. Il ne permet cependant pas, à lui seul, de mesurer les déserts médicaux : l’étude porte sur les tensions du marché du travail, et non sur l’accès des patients aux soins.

Les rémunérations comptent davantage dans certains métiers du soin

La Dares relève que la plupart des trente métiers les plus tendus offrent des rémunérations relativement attractives. Mais ce constat général ne s’applique pas uniformément à la santé.

  • Pour la catégorie « infirmiers et sages-femmes », l’indicateur de non-attractivité salariale atteint 5 sur 5, soit le niveau le plus élevé. Les conditions de travail contraignantes sont évaluées à 4 sur 5, tandis que le manque de main-d’œuvre disponible atteint lui aussi le maximum.
  • La catégorie « autres professionnels paramédicaux » présente également une non-attractivité salariale très élevée.

L’indicateur salarial ne repose pas uniquement sur le montant de la rémunération. Il tient compte de comparaisons entre travailleurs présentant des caractéristiques similaires, notamment en matière de diplôme et d’expérience, ainsi que de leur appréciation du salaire perçu. Il renseigne donc sur la place de ces métiers par rapport à d’autres possibilités professionnelles.

La santé ne forme pas un marché de l’emploi uniforme

L’intérêt de cette étude tient à ces différences. Selon les professions, le poids du salaire, des qualifications ou de la localisation varie sensiblement. Parler d’un manque général d’attractivité des métiers de la santé laisse une partie de cette réalité dans l’ombre.

Les résultats présentés ne permettent pas non plus d’attribuer un niveau de tension précis aux pharmaciens, aux préparateurs en pharmacie, aux vétérinaires ou aux auxiliaires vétérinaires. MAIS : leur absence du classement des trente premiers métiers ne signifie pas que les recrutements y sont faciles.

Pour les équipes qui cherchent à embaucher, cette distinction est utile : avant de conclure que « personne ne veut venir », encore faut-il savoir ce qui manque :

Le rapport ne répond pas à la place de chaque employeur. Il montre en revanche pourquoi la baisse nationale des tensions peut rester peu perceptible au moment de remplacer un collègue ou de compléter une équipe.