Une étude publiée par la Dares le 28 mai 2026 permet de mesurer l’ampleur du phénomène. Elle montre qu’en France, plus d’un million d’étudiants occupent un emploi salarié sans lien direct avec leur formation. Derrière ce chiffre se cachent des situations très diverses : certains travaillent uniquement durant les vacances, tandis que d’autres enchaînent les contrats pendant plusieurs mois, voire toute l’année universitaire.

Un étudiant sur deux travaille en parallèle de ses études

L’enseignement supérieur français comptait près de 3 millions d’étudiants au cours de l’année universitaire 2022-2023. Parmi eux, 75 % ont exercé une activité professionnelle salariée au moins une fois dans l’année.

Toutefois, une partie de ces activités est directement intégrée aux cursus : alternance, apprentissage, stages rémunérés ou encore emplois liés à certaines formations professionnalisantes. En retirant ces situations particulières, la Dares a concentré son analyse sur 2,1 millions d’étudiants inscrits dans des cursus sans parcours professionnel intégré.

Au sein de cette population, 52 % ont occupé au moins un emploi salarié sans lien avec leurs études au cours de l’année universitaire. Cela représente près de 1,1 million de jeunes.

Ces emplois répondent à plusieurs objectifs. Ils permettent bien sûr de financer les dépenses courantes, mais aussi d’acquérir une première expérience professionnelle. Les chercheurs rappellent néanmoins que le travail salarié peut également peser sur la réussite universitaire lorsque le volume horaire devient important et qu’il s’exerce au détriment du temps consacré aux études.

Les plus jeunes sont les plus nombreux à travailler

Contrairement à une idée répandue, le cumul emploi-études ne concerne pas seulement les étudiants les plus avancés dans leur parcours universitaire.

La proportion d’étudiants salariés atteint son maximum à 19 ans : 60 % des jeunes de cet âge occupent au moins un emploi au cours de l’année. Cette part diminue progressivement avec l’âge pour tomber à 35 % chez les étudiants de 30 ans ou plus.

Les femmes sont légèrement plus nombreuses que les hommes à exercer une activité salariée. Ainsi, 54 % des étudiantes occupent un emploi au cours de l’année universitaire, contre 50 % des étudiants.

Cette forte présence des plus jeunes sur le marché du travail peut s’expliquer par la recherche d’une autonomie financière rapide, mais aussi par le recours fréquent aux emplois saisonniers ou aux contrats de courte durée compatibles avec les études.

Des différences marquées selon les filières

Tous les étudiants ne sont pas égaux face au travail salarié.

Les écarts apparaissent d’abord selon le niveau d’études. En premier cycle, 58 % des étudiants exercent une activité salariée sans lien avec leur cursus, contre seulement 41 % en master.

Les stages rémunérés plus fréquents dans les formations de second cycle peuvent expliquer une partie de cet écart. Les étudiants de master disposent également davantage d’opportunités professionnelles directement liées à leur formation.

Les disparités sont encore plus nettes lorsqu’on compare les disciplines :

  • Les étudiants de STAPS arrivent largement en tête : 78 % d’entre eux travaillent au cours de l’année.
  • Les étudiants en lettres, langues et sciences humaines sont également nombreux à cumuler études et emploi, avec environ 60 % de salariés.
  • À l’inverse, les classes préparatoires aux grandes écoles affichent le taux le plus faible, avec seulement 32 % d’étudiants salariés.

Les différences de conditions d’études jouent un rôle important. La charge de travail académique, les horaires de cours, mais aussi l’origine sociale des étudiants influencent fortement le recours à l’emploi salarié.

La Dares souligne notamment que les enfants de cadres sont particulièrement représentés en classes préparatoires, alors qu’ils sont beaucoup moins nombreux en sections de techniciens supérieurs.

CDD, intérim et petits contrats dominent

Le marché du travail étudiant se caractérise par une forte précarité contractuelle.

Parmi les 1,1 million d’étudiants salariés recensés, 66 % signent au moins un contrat à durée déterminée au cours de l’année universitaire. Près d’un quart passe également par l’intérim.

Le CDI n’est pas absent pour autant. Plus d’un étudiant salarié sur quatre, soit 28 %, signe au moins un contrat à durée indéterminée au cours de l’année. Cette proportion augmente avec l’âge et atteint près de 40 % chez les étudiants de 23 ans ou plus.

Les contrats s’enchaînent souvent. Plus de la moitié des étudiants salariés occupent au moins deux emplois différents dans l’année, et un quart cumule quatre contrats ou davantage.

Cette multiplication des expériences professionnelles illustre la forte flexibilité recherchée par les employeurs, mais aussi l’adaptation permanente des étudiants à leurs contraintes universitaires.

Une activité qui s’installe parfois dans la durée

Tous les emplois étudiants ne se limitent pas à quelques semaines de travail durant l’été.

Parmi les étudiants salariés, près d’un tiers travaille au moins six mois dans l’année universitaire. Plus de 130 000 jeunes exercent même une activité sur l’ensemble de l’année.

À l’opposé, 6 % ne travaillent qu’une semaine ou moins.

Ces chiffres montrent que le travail étudiant ne constitue pas seulement un complément ponctuel de revenus. Pour une partie des jeunes, il devient une composante régulière du quotidien, avec un impact potentiel sur l’organisation des études, la fatigue et la disponibilité pour les cours.

Commerce et restauration restent les principaux employeurs

Les étudiants se concentrent dans quelques secteurs d’activité bien identifiés.

  • Le commerce arrive en tête : 30 % des étudiants salariés y occupent au moins un emploi. Vendeurs, caissiers ou manutentionnaires représentent les profils les plus fréquents.
  • Le secteur public et parapublic (administration, enseignement ou santé) accueille également une part importante des étudiants, avec 29 % des effectifs.
  • L’hébergement-restauration se situe juste derrière avec 26 %. Serveurs, aides de cuisine ou employés polyvalents constituent une grande partie des postes occupés.
  • Les services aux entreprises complètent ce panorama avec 17 % des étudiants salariés, notamment dans les métiers de l’accueil ou de l’entretien.

Les jobs d’été restent une porte d’entrée vers l’emploi

Le travail saisonnier conserve une place importante dans les parcours étudiants.

Près de six étudiants salariés sur dix occupent au moins un job d’été. Pour la moitié d’entre eux, il s’agit même de leur unique période de travail dans l’année.

Cette situation concerne particulièrement les plus jeunes. Chez les étudiants de 18 ans ou moins, plus de 40 % travaillent exclusivement pendant les vacances estivales.

À mesure que l’âge augmente, les emplois occupés durant l’année universitaire deviennent plus fréquents. À partir de 24 ans, moins de 15 % des étudiants salariés se limitent aux seuls jobs d’été.

Les étudiants en santé : un cas à part

Lorsque l'on se concentre sur les étudiants universitaires du secteur de la santé, les chiffres apparaissent sensiblement différents.

Les étudiants en médecine, odontologie ou pharmacie affichent des taux d’emploi salarié inférieurs à ceux observés dans la plupart des autres disciplines universitaires.

Cette situation ne signifie pas qu’ils travaillent moins. Elle s’explique surtout par la méthodologie retenue par la Dares.

Une réalité qui accompagne les parcours universitaires

L’image du petit boulot occasionnel effectué uniquement durant l’été ne reflète plus la diversité des situations étudiantes.

Entre contrats saisonniers, emplois à temps partiel durant l’année et activités exercées pendant plusieurs mois, le travail salarié accompagne désormais une large part des parcours de l’enseignement supérieur.

Pour les étudiants universitaires, cette expérience représente souvent une source de revenus indispensable. Elle constitue également une première immersion dans le monde professionnel. Les filières de santé illustrent toutefois la complexité du phénomène : même lorsqu’ils apparaissent moins présents dans les statistiques de l’emploi étudiant, leurs formations intègrent déjà de nombreuses activités professionnelles qui rythment leur quotidien bien avant l’obtention du diplôme.

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