- La comparaison avec Amazon a marqué les esprits. Dans un communiqué publié le 25 septembre 2026 par Convergence Infirmière, puis relayé le lendemain par l’Union française pour une médecine libre-Syndicat (UFML-S), les pharmaciens sont renvoyés à une activité de livraison de médicaments.
- Le texte conteste leur formation clinique, interroge leur double position de conseil et de vente et évoque une possible « collusion » avec les pouvoirs publics, sans apporter d’éléments établissant cette accusation.
- Signé des noms de Ghislaine Sicre et de Jérôme Marty, il demande que les représentants élus des médecins et des infirmiers participent aux discussions précédant toute attribution de compétences relevant de leurs métiers aux pharmaciens.
- La réaction a été rapide. Le 28 septembre, l’USPO a annoncé trois plaintes auprès des Ordres professionnels. Le Moniteur des pharmacies consacre un article à cette riposte, à retrouver ici : « L’USPO traîne les infirmiers et médecins devant leurs Ordres ».
- Dans une publication LinkedIn de la section A de l’Ordre des pharmaciens, Bruno Galan annonce également avoir décidé de porter plainte en discipline contre Ghislaine Sicre. Cette démarche est distincte de celle du syndicat.
Une formation pharmaceutique qui ne s’arrête pas au médicament
La controverse touche directement à l’identité professionnelle des équipes officinales. Contester les conditions d’attribution d’un acte, son financement ou la formation nécessaire relève du débat sur l’organisation des soins. Affirmer globalement que les pharmaciens n’ont pas été formés auprès des patients revient à mettre en cause leur cursus.
Elle ne leur donne pas, pour autant, compétence pour réaliser l’ensemble des actes médicaux ou infirmiers. La question doit être examinée mission par mission : quel acte est autorisé, après quelle formation, auprès de quels patients et avec quelles limites ? C’est à cette échelle que peuvent être discutées la qualité de la prise en charge et l’articulation avec les autres professionnels.
Des habilitations précises, des obligations à documenter
La délivrance d’antibiotiques après un TROD angine ou cystite positif illustre cet encadrement.
- Le décret n° 2024-550 du 17 juin 2024 organise la délivrance sans ordonnance de certains médicaments après un test réalisé par le pharmacien.
- L’arrêté du 17 juin 2024, dans sa version consolidée, précise les modalités de délivrance, les conditions de réalisation des tests et les exigences de formation.
L’Ordre national des pharmaciens a d’ailleurs alerté en juillet 2024 sur des organismes proposant des formations dont le contenu ne répondait pas aux obligations réglementaires. Il rappelle aussi les dispenses prévues pour certains professionnels déjà formés dans des dispositifs antérieurs.
La vaccination obéit également à des règles précises :
- Le décret n° 2023-736 du 8 août 2023 a élargi les compétences vaccinales de plusieurs professions de santé.
- L’arrêté du 8 août 2023 relatif aux conditions techniques et aux objectifs pédagogiques de formation en précise les exigences.
Dans sa foire aux questions sur la prescription et l’administration des vaccins à l’officine, l’Ordre détaille les obligations de formation, les dispenses et les démarches de déclaration. Le diplôme initial ne constitue pas une autorisation générale de réaliser tout acte à l’officine. Les conditions applicables dépendent notamment de l’activité exercée et des enseignements déjà suivis.
Le partage des prises en charge exige des interlocuteurs qui se reconnaissent
Le passage du communiqué consacré aux pansements soulève une question qui mérite d’être traitée pour elle-même : comment articuler le conseil délivré à l’officine avec l’évaluation et le suivi de la plaie assurés par un autre professionnel ?
Les signataires interrogent notamment le risque de conflit d’intérêts associé à la vente du produit conseillé. Cette interrogation ne démontre pas, à elle seule, l’existence de pratiques fautives.
Le respect entre professions relève aussi d’une obligation déontologique. L’article R. 4312-28 du Code de la santé publique impose aux infirmiers de bonnes relations avec les autres professionnels de santé, dans l’intérêt des patients, et le respect de leur indépendance.
Il interdit la calomnie, la médisance et la diffusion de propos susceptibles de nuire à leur exercice. L’appréciation d’un éventuel manquement appartient aux instances compétentes ; une annonce de plainte ne préjuge pas de leur décision.
Dans sa publication, la section A prend soin de distinguer la démarche visant la présidente de Convergence Infirmière des relations entretenues avec les infirmières et infirmiers. Une distinction essentielle pour les équipes officinales : les désaccords entre représentants professionnels ne doivent pas effacer les échanges dont dépend, chaque jour, la continuité des prises en charge.
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