Le DEUST préparateur-technicien en pharmacie, diplôme de niveau 5 généralement préparé en deux ans, associe enseignements et formation en officine. Son financement comprend des postes distincts : l’aide versée à l’employeur, la prise en charge pédagogique et les dépenses supportées par la pharmacie. Les confondre conduit à sous-estimer le budget du contrat.

Une aide de première année, un engagement sur deux ans

Pour une officine de moins de 250 salariés située en métropole, un contrat d’apprentissage préparant un diplôme de niveau 5 peut ouvrir droit à une aide exceptionnelle de 4 500 euros maximum, lorsqu’il est conclu à partir du 8 mars 2026 et commence avant le 1er janvier 2027. L’aide est limitée à la première année. Le montant maximal atteint 6 000 euros lorsque l’apprenti est reconnu travailleur handicapé.

La deuxième année mérite son propre prévisionnel. L’apprenti aura progressé, mais sa rémunération augmentera et son emploi du temps comprendra toujours des séquences de formation. La pharmacie doit pouvoir financer cette année sans compter sur une nouvelle aide à l’embauche pour le même contrat.

La grille générale de l’apprentissage ne suffit pas à établir le salaire

La pharmacie d’officine dispose de règles de rémunération spécifiques. L’accord de branche du 6 avril 2021 prévoit, pour un titulaire du baccalauréat ou d’un titre permettant l’inscription en première année des études de pharmacie :

  • en première année de formation, 56 % du minimum conventionnel correspondant au coefficient 150 ;
  • en deuxième année, 67 % du minimum conventionnel correspondant au coefficient 160.

Le gestionnaire de paie doit comparer les minima applicables au profil du candidat, notamment selon son âge et son parcours antérieur. Un recrutement en reconversion, à partir de 26 ans, demande ainsi une simulation distincte de celle d’un jeune bachelier : le minimum légal atteint alors au moins le Smic, avec comparaison au minimum conventionnel correspondant à l’emploi.

Repère chiffré : près de 23 000 euros de salaires après déduction de l’aide

Opco EP indique, à compter du 1er juin 2026, un minimum de 1 858,73 euros au coefficient 150 et de 1 865,67 euros au coefficient 160. Leur application aux pourcentages de branche donne 1 040,89 euros brut par mois en première année et 1 250 euros en deuxième année.

À titre illustratif, pour un jeune entrant à 18 ans, sur 24 mois complets, avec des valeurs salariales inchangées et une aide intégralement perçue :

  • salaires bruts sur deux ans : 27 490,68 euros ;
  • aide de première année : 4 500 euros ;
  • différence : 22 990,68 euros.

Le temps au CFA fait partie du travail rémunéré

Le temps de formation au CFA compte dans l’horaire de travail. Il ne constitue ni un congé ni des heures que l’apprenti devrait récupérer en officine. Un contrat à 35 heures ne signifie donc pas 35 heures de présence hebdomadaire dans la pharmacie auxquelles s’ajouteraient les cours.

Le calendrier du CFA doit être intégré dès la préparation du planning. Il permet de repérer les périodes de présence, les regroupements pédagogiques et les examens, puis d’organiser la continuité de l’activité.

La convention prévoit du temps et une prime pour le tutorat

L’annexe II de la convention collective de la pharmacie d’officine encadre l’accompagnement. Le maître d’apprentissage peut être le titulaire ou un salarié volontaire remplissant les conditions requises. Pour le DEUST, les titulaires du diplôme, du brevet professionnel de préparateur ou du diplôme de pharmacien, justifiant d’au moins une année d’exercice, peuvent se porter candidats.

La convention prévoit que le maître d’apprentissage dispose du temps nécessaire au suivi pendant ses horaires de travail, avec un aménagement de son activité si besoin. Le salarié exerçant effectivement cette fonction a droit à une prime tutorale mensuelle de 15 points conventionnels de salaire. Une équipe tutorale peut partager l’accompagnement, avec un référent chargé de la coordination et du lien avec le CFA.

Le budget doit traduire cette disponibilité. Un entretien régulier, la reprise d’une situation rencontrée au comptoir ou la préparation d’une évaluation occupent un temps qui doit être prévu. Confier le suivi à un préparateur sans ajuster sa charge risque de multiplier les interruptions et de reporter l’accompagnement après la journée.

La formation du maître d’apprentissage peut également bénéficier d’une prise en charge. Dans ses critères 2026 propres à la pharmacie d’officine, Opco EP prévoit un financement plafonné à 40 heures, au taux de 15 euros HT par heure, dans la limite des fonds disponibles. Cette prise en charge doit être distinguée de la prime versée au salarié.

Les 750 euros de participation obligatoire ne concernent pas le DEUST

Depuis le 1er juillet 2025, une participation forfaitaire de 750 euros est imposée à l’employeur pour certains contrats d’apprentissage préparant un diplôme de niveau bac + 3 ou supérieur. Le DEUST, de niveau bac + 2, n’entre pas dans ce périmètre.

Le titulaire peut demander au CFA un document récapitulant le coût pédagogique, le financement prévu, les frais annexes et les sommes éventuellement facturées à l’officine. Cette vérification doit intervenir avant la signature.

L’autonomie au comptoir se prépare progressivement

L’article L. 4241-1 du code de la santé publique réserve aux préparateurs les fonctions consistant à seconder les pharmaciens dans la préparation et la délivrance des médicaments, sous leur responsabilité et leur contrôle effectif. Un apprenti en cours de DEUST n’a pas encore la qualification du professionnel diplômé.

L’officine doit donc organiser les activités confiées selon la progression de la formation et les modalités de supervision. À l’arrivée, apprendre à utiliser le logiciel, comprendre une procédure, identifier une situation nécessitant l’intervention du pharmacien ou respecter la confidentialité demande un accompagnement explicite.

Budget 2027 : distinguer les annonces des droits ouverts

Le projet de loi de finances pour 2027 a été présenté en Conseil des ministres le 1er octobre 2026. En amont, lors de son audition parlementaire du 30 juin, la ministre Sabrina Roubache avait défendu la préservation du financement de l’apprentissage au niveau de 2026, notamment pour les diplômes de niveau 5 dans les entreprises de moins de 250 salariés. info.gouv.fr

Cette orientation politique ne suffit pas à garantir une aide pour un nouveau contrat débutant en 2027. Le texte réglementaire applicable en 2026 vise des contrats commençant avant le 1er janvier 2027. Le prévisionnel d’une future embauche doit être actualisé avec les textes publiés et les conditions correspondant à sa date.

La décision de recruter peut néanmoins se préparer dès maintenant : besoin d’un futur préparateur, capacité d’accompagnement, calendrier du CFA et budget sur deux ans. Le montant de l’aide viendra compléter ce dossier.

Former un préparateur peut aussi préparer une embauche à l’issue du diplôme. Cette possibilité mérite d’être abordée pendant les entretiens de suivi : poste envisageable, horaires et compétences attendues. Elle donne à l’apprenti une meilleure visibilité sur sa place future dans l’équipe.