Voyager autrement pendant une année sabbatique vétérinaire
Pour mon compagnon et moi, le projet est de faire un tour de l’Atlantique en voilier, avec des escales aux Canaries, au Cap-Vert, aux Antilles et aux Açores. Raphaël et Charlène, tous deux vétérinaires, ont quant à eux choisi la route, parcourant l’Europe en van aménagé avec leurs chiens. Basile et Laura ont transformé leur lune de miel en véritable tour du monde, entre le Kirghizistan, la Polynésie et l’Argentine.
Amandine et Tom voyagent de ferme en ferme grâce au woofing, tandis qu’Émilie s’est lancé le défi de rejoindre Hawaï depuis l’Asie.
L’objectif ici n’est pas de raconter ces voyages en détail, ni de se transformer en agence de tourisme. L’enjeu est ailleurs : comprendre pourquoi cette génération de vétérinaires ressent un besoin marqué de pause, et ce que cela dit de notre rapport au travail.
Pourquoi partir en année sabbatique quand on est vétérinaire ?
La vraie question n’est peut-être pas « pourquoi partir », mais plutôt : pourquoi pas ?
Le marché de l’emploi vétérinaire est aujourd’hui particulièrement favorable, offrant une quasi-certitude de retrouver un poste après une pause.
Quand on est salariés, comme dans celui de nombreux confrères et consœurs, jeunes, sans enfant, l’envie de vivre prime avant de s’engager dans des projets à long terme.
Contrairement aux idées reçues, il ne s’agit pas de fuir un métier difficile ou un quotidien pesant. Ces projets sont avant tout portés par une envie de découverte, de liberté, et parfois, il faut bien le reconnaître, par le besoin de prendre du temps pour soi.
Des projets mûris sur plusieurs années
Ces années sabbatiques ne sont jamais des décisions impulsives. Bien au contraire. Chez la plupart des voyageurs, le projet naît pendant les études vétérinaires, parfois même avant, puis mûrit au fil des années. Basile et Laura parlaient de leur tour du monde depuis leur rencontre en 2016. Émilie y pensait depuis ses 17 ans. Amandine en rêvait depuis l’enfance.
Dans presque tous les cas, le départ est conditionné par trois éléments :
- un diplôme en poche,
- quelques années d’exercice,
- une épargne suffisante.
Année sabbatique : comment est-elle perçue par les employeurs ?
L’annonce d’un départ peut être source d’inquiétude, notamment dans un contexte de pénurie de vétérinaires. De mon côté, je redoutais la réaction de mes employeurs. Ces craintes ont vite été dissipées : s’ils regrettaient évidemment mon départ, ils ont compris le projet et l’ont accueilli avec bienveillance.
Les témoignages recueillis vont dans le même sens. Pour beaucoup, le sujet ne s’est même pas posé, car le projet était connu dès le début de leur carrière. Certains ont privilégié des CDD, des remplacements ou des clinicats, anticipant leur départ. Pour d’autres en CDI, les employeurs ont fait preuve de pragmatisme : « Avoir quelqu’un pendant deux ans, c’est toujours mieux que personne du tout ».
Le retour après une année sabbatique vétérinaire
La question du retour revient souvent : « Et après, aurez-vous encore envie de travailler ? »
Difficile d’y répondre avant de partir, mais pour ceux qui sont déjà rentrés, le constat est rassurant. Le retour à une vie professionnelle plus classique se fait généralement sans heurt.
Certains ont préparé leur reprise en amont, en restant attentifs aux offres d’emploi vétérinaire. D’autres ont trouvé un nouvel équilibre, parfois dans une structure différente, plus en phase avec leurs aspirations personnelles. Le voyage ne coupe pas nécessairement du monde vétérinaire ; il permet surtout de mieux réfléchir à la suite.
Trouver l’équilibre entre vie professionnelle et personnelle
Cette année « off » est souvent riche en enseignements. Au-delà des souvenirs de voyage, elle confirme une aspiration forte : l’équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle.
En rentrant, certains vétérinaires choisissent une clinique proche de la mer, d’autres acceptent de renoncer à une hyper-spécialisation pour préserver leur qualité de vie. Le plaisir du métier reste intact, mais il s’inscrit dans une vision plus globale, où la vie privée compte autant que la réussite professionnelle.
Même si le voyage n’a pas encore commencé, il nous permettra peut-être de ralentir, de prendre du recul et de réfléchir sereinement à ce que nous voulons construire pour l’avenir.
Année sabbatique vétérinaire : une pause assumée, pas un renoncement
Quelle que soit la destination, ces projets ont tous un point commun : prendre du temps pour soi. Certains reviendront à la pratique vétérinaire, d’autres non. Mais ce n’est jamais la motivation première. Les jeunes vétérinaires aiment leur métier. Ils souhaitent simplement pouvoir l’exercer sans renoncer à leurs envies de découverte, de liberté et d’équilibre de vie.
Merci à tous ceux qui ont bien voulu répondre à mes questions, y compris pendant leurs voyages.