- Le diplôme obtenu, LinkedIn fait souvent partie des premiers outils mis à jour. Nouvelle fonction, cabinet, formations suivies, domaines de pratique : le profil devient une carte de visite professionnelle, consultée aussi bien par des confrères que par de futurs employeurs, associés ou patients.
- Pour un jeune chirurgien-dentiste, l’exercice peut pourtant se révéler plus délicat qu’il n’y paraît. « Expert », « spécialiste », « chirurgie orale », « orthodontie », « implantologie » : le choix des termes répond aux règles de communication de la profession.
- Le Conseil national de l’Ordre des chirurgiens-dentistes (ONCD) vient justement de remettre le sujet sur la table. Dans La Lettre de septembre-octobre 2026, il détaille l’actualisation, décidée en juin, de ses recommandations concernant les chirurgiens-dentistes dont la pratique est orientée ou limitée à certains actes.
- Le principe est tout simplement que le praticien peut présenter ce qu’il fait. Il ne peut pas laisser penser qu’il possède une spécialité ou un titre qu’il n’a pas.
Sur LinkedIn aussi, les règles déontologiques continuent de s’appliquer
LinkedIn n’est pas un espace à part dans la vie professionnelle du chirurgien-dentiste.
Depuis le décret n° 2020-1658 du 22 décembre 2020, le cadre de la communication professionnelle des chirurgiens-dentistes a profondément évolué. L’article R. 4127-215-1 du Code de la santé publique leur permet notamment de communiquer au public des informations relatives à leurs compétences, leurs pratiques professionnelles, leur parcours et leurs conditions d’exercice.
Cette communication reste encadrée. Elle doit être loyale et honnête, ne pas faire appel à des témoignages de tiers, ne pas reposer sur des comparaisons avec d’autres praticiens et ne pas inciter à des actes de prévention ou de soins inutiles. Elle ne doit surtout pas induire le public en erreur.
Ces règles prennent une importance particulière sur les réseaux sociaux. Quelques mots placés sous un nom peuvent suffire à présenter une qualification professionnelle.
Une pratique très orientée ne fait pas de vous un spécialiste
C’est le point central des recommandations actualisées en juin 2026.
Un jeune praticien peut progressivement consacrer une grande partie de son activité à l’orthodontie, aux actes chirurgicaux ou à la prise en charge de certains patients. Cette organisation de son exercice ne lui confère pas pour autant une spécialité.
Trois spécialités sont reconnues en odontologie :
- la chirurgie orale,
- la médecine bucco-dentaire,
- l’orthopédie dento-faciale.
Orthodontie : que peut écrire un omnipraticien ?
Un chirurgien-dentiste non spécialiste peut réaliser des actes d’orthodontie. Il peut également orienter fortement son exercice vers cette activité.
En revanche, cette pratique ne lui permet pas de se présenter comme spécialiste en orthopédie dento-faciale. Pour les omnipraticiens concernés, l’Ordre retient la formulation : « oriente/limite sa pratique aux actes d’orthodontie ». Le choix des mots permet au patient de connaître la réalité de l’activité du praticien sans lui attribuer une qualification supplémentaire.
Chirurgie orale : attention au vocabulaire
Même vigilance pour les actes chirurgicaux.
L’Ordre rappelle que certains actes relevant également du champ de la chirurgie orale ne sont pas réservés aux spécialistes. Il cite notamment les avulsions dentaires et l’implantologie.
Un omnipraticien peut donc les réaliser dès lors qu’ils entrent dans sa capacité professionnelle. Mais s’il souhaite présenter une activité principalement tournée vers ce type d’actes, l’ONCD demande d'utiliser la formule « oriente/limite sa pratique aux actes d’odontologie chirurgicale ».
Et l’implantologie ?
C’est probablement l’un des cas qui mérite le plus d’attention sur les profils professionnels.
L’implantologie n’est pas une spécialité ordinale. L’Ordre rappelle que les actes d’implantologie peuvent entrer dans la capacité des chirurgiens-dentistes et ne sont pas réservés aux seuls spécialistes en chirurgie orale.
Un praticien peut donc informer les patients de cette pratique lorsqu’elle correspond effectivement à son activité.
Patients à besoins spécifiques : là encore, une formulation précise
La troisième situation visée par les recommandations concerne la médecine bucco-dentaire.
Pour un omnipraticien dont l’activité est orientée dans cette direction, l’Ordre demande d’indiquer qu’il « oriente/limite sa pratique à la prise en charge des patients à besoins spécifiques ».
Un DU ne transforme pas non plus en spécialiste
Les jeunes chirurgiens-dentistes sont nombreux à poursuivre leur formation après le diplôme initial. Diplômes universitaires, formations complémentaires et cursus spécifiques peuvent naturellement enrichir un parcours professionnel.
Mais diplôme, pratique et spécialité restent trois notions différentes.
L’Ordre rappelle que les chirurgiens-dentistes peuvent communiquer sur les titres, diplômes, fonctions et qualifications reconnus par le Conseil national. Sont notamment concernés les diplômes nationaux, les trois spécialités, les titres universitaires et hospitalo-universitaires ainsi que les diplômes universitaires figurant sur la liste établie par l’Ordre.
« Expert » : un autre mot à manier avec précaution
L’Ordre consacre d’ailleurs un autre article de son numéro de septembre-octobre à l’utilisation du titre d’« expert ».
Une expérience importante, un DU ou une pratique particulièrement développée dans un domaine ne permettent pas à un chirurgien-dentiste de s’autoproclamer expert.
Dans le cadre de l’expertise judiciaire, l’Ordre rappelle que les mentions admises sont « expert près la cour d’appel de… » ou « expert agréé par la Cour de cassation ». Le praticien doit être inscrit sur la liste correspondante et transmettre la preuve de cette inscription à son conseil départemental.
Le profil doit aussi correspondre à ce que le praticien fait réellement
L’actualisation de juin 2026 apporte une autre précision : lorsqu’un chirurgien-dentiste annonce une orientation ou une limitation de son activité, sa communication doit correspondre à la réalité de sa pratique.
L’Ordre rattache les pratiques professionnelles aux actes habituellement réalisés par le praticien, en lien avec sa capacité et avec les données acquises de la science.
Un profil professionnel ne devrait donc pas être construit comme une accumulation de compétences ou de mots-clés destinés à le rendre plus attractif.
Les profils anciens. LinkedIn, Instagram ou les pages d’équipe des anciens cabinets peuvent conserver des informations devenues obsolètes. Un changement de poste ou d’activité mérite aussi une mise à jour de ces présentations.
Une vigilance d’autant plus utile que les informations professionnelles publiées sur les réseaux sociaux peuvent rester visibles longtemps et être reprises ailleurs.
LinkedIn n’est plus seulement un CV
Pour un jeune chirurgien-dentiste, LinkedIn sert à développer son réseau, repérer des opportunités, se faire connaître de confrères ou présenter son parcours. Instagram peut également devenir une vitrine professionnelle.
Cette visibilité n’oblige pas à gommer ses compétences ni les particularités de son exercice. L’Ordre autorise les praticiens à communiquer sur leurs pratiques professionnelles et leur parcours.
Il leur demande en revanche de présenter ces informations pour ce qu’elles sont.
Un praticien qui réalise de l’implantologie peut parler de cette pratique. Celui qui concentre son activité sur l’orthodontie peut l’indiquer en respectant la formulation préconisée. Un diplôme reconnu peut être mentionné.
La frontière apparaît lorsque la présentation fait glisser une pratique, une formation ou une expérience vers un titre ou une spécialité que le chirurgien-dentiste ne possède pas.
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